MISIONES mission lieu idéal 1
Un nouveau départ
Que j'attendais depuis de longs mois.
Il prend la forme d'un voyage en auto stop (au début) vers le nord avec Anne (au début), dans la région de Misiones, pointe argentine de forets subtropicales entre le Brésil et le Paraguay.
Je fuis enfin de la folie de Buenos Aires le jeudi 9 oktobre 2008.
Une nuit blanche á préparer mes affaires, un merveilleux petit déjeuner d'adieu avec Lenora, une bonne dizaine de cafés, puis nous prenons le rail avec Anne.
Sortir de Buenos Aires est une expérience étonnante pour celui qui ne connaît pas la province: on est averti: hors de la ville un autre monde, une expérience en effet très dépaysante.
Nous avons pris le train jusqu'à Zarate, un village à une cinquantaine de kilomètres d'où il convient de partir en stop pour le nord. Déjà, quelle émotion de voir du vert après les mois de béton pesant de ses milliards de tonnes, c'est comme si les yeux n'étaient plus habitués à voir des arbres et des plantes, il n'y croient pas. Quelle sensation extraordinaire.
Les gens deviennent aussi différents, se campagnardisent. Un détail: quelque chose leur manque. Quoi? des fils qui sortent de leur oreilles. Dans la capitale presque tous les voyageurs ont des fils qui sortent de leurs oreilles pour rejoindre leur portable, grande mode du portable baladeur.
Aussi, la première fois de ma vie que je vois les portes du train qui restent ouvertes durant le trajet: on peut s'asseoir sur le bord et laisser pendre les jambes ou faire dépasser sa tête pour regarder dehors! enfin sortir la tète et le corps du train en s'accrochant! En Europe les portes sont toujours fermées automatiquement. On se ferme les portes automatiquement, c'est plus sûr. Tout est sécurisé, réglé. Cela a quelque chose de déshumanisant. Cela me faisait tant plaisir durant ce trajet de sentir quelque chose d'humain dans le risque, un exemple de la confiance qui est présupposée (avec certes plus ou moins de succès) des uns envers les autres. Cette habitude du "atado con alambre"("fixé au fil de fer") comme on dit ici pour décrire cela, donne comme une ambiance familiale généralisée ressourçante.
Les trois premiers jours, dans un enthousiasme certain, les petites mésaventures des auto stoppeurs.
Un nouveau départ
Que j'attendais depuis de longs mois.
Il prend la forme d'un voyage en auto stop (au début) vers le nord avec Anne (au début), dans la région de Misiones, pointe argentine de forets subtropicales entre le Brésil et le Paraguay.
Je fuis enfin de la folie de Buenos Aires le jeudi 9 oktobre 2008.
Une nuit blanche á préparer mes affaires, un merveilleux petit déjeuner d'adieu avec Lenora, une bonne dizaine de cafés, puis nous prenons le rail avec Anne.
Sortir de Buenos Aires est une expérience étonnante pour celui qui ne connaît pas la province: on est averti: hors de la ville un autre monde, une expérience en effet très dépaysante.
Nous avons pris le train jusqu'à Zarate, un village à une cinquantaine de kilomètres d'où il convient de partir en stop pour le nord. Déjà, quelle émotion de voir du vert après les mois de béton pesant de ses milliards de tonnes, c'est comme si les yeux n'étaient plus habitués à voir des arbres et des plantes, il n'y croient pas. Quelle sensation extraordinaire.
Les gens deviennent aussi différents, se campagnardisent. Un détail: quelque chose leur manque. Quoi? des fils qui sortent de leur oreilles. Dans la capitale presque tous les voyageurs ont des fils qui sortent de leurs oreilles pour rejoindre leur portable, grande mode du portable baladeur.
Aussi, la première fois de ma vie que je vois les portes du train qui restent ouvertes durant le trajet: on peut s'asseoir sur le bord et laisser pendre les jambes ou faire dépasser sa tête pour regarder dehors! enfin sortir la tète et le corps du train en s'accrochant! En Europe les portes sont toujours fermées automatiquement. On se ferme les portes automatiquement, c'est plus sûr. Tout est sécurisé, réglé. Cela a quelque chose de déshumanisant. Cela me faisait tant plaisir durant ce trajet de sentir quelque chose d'humain dans le risque, un exemple de la confiance qui est présupposée (avec certes plus ou moins de succès) des uns envers les autres. Cette habitude du "atado con alambre"("fixé au fil de fer") comme on dit ici pour décrire cela, donne comme une ambiance familiale généralisée ressourçante.
Les trois premiers jours, dans un enthousiasme certain, les petites mésaventures des auto stoppeurs.

(cher usager le livre de plaintes est a votre dispostion a la station de péage)
Des heures a attendre et a espérer et a être déçu et a spéculer sur la meilleure stratégie pour le lieu ou les profils de nos chauffeurs potentiels, en consommant le maté sans discontinuer. Comme j'avais pensé, le maté est aussi le drogue des chauffeurs en plus d'être la manie nationale, on distribue partout de l'eau chaude en général gratuitement, il y a même dans les aires de service des distributeurs d'eau chaude pour remplir les thermos.
Comme je le craignais, la paranoïa généralisée locale a pour conséquence de rendre le stop très difficile (contre performances d'auto stop historiques, 100km en un jour); ainsi nous avons nous dû nous replier sur les chauffeurs routiers, ce qui nous a permis de découvrir ce peuple étrange. Des personnages plus ou moins crados et curieux, des camions plus ou moins des années 70.
Une première arrivée dans une petite ville de nuit épuisés un hôtel de passe ("venus"), notre route le lendemain interrompue par une décision présidentielle absurde de bloquer tous les poids lourds une nuit (pour prévenir des accidents) qui nous fait dormir a la belle étoile dans un champ derrière l'aire de service.
Dans le resto d'une aire de service ou nous avons mangé, je me souviens de cette vision d'un faon domestiqué (appartenant au propriétaire) urinant sur le sol.
Je me souviens de cette idée que nous avons eue et presque réalisée de grimper durant la nuit dans la remorque d'un camion pour une destination surprise d'autant plus excitante que nous étions dans une région de triple frontière, inventant l'immigration clandestine gratuite, comble du luxe aventurier aléatoire.
Et puis un des revirements qui font la joie du stop: au troisième jour de route, a quelques 500km de notre objectif, commençant à être épuisés, à nous disputer, à être brûlés sous le soleil de la désesperation des heures d'attentes stériles, un couple âgé nous prend jusqu'à destination. Le voyage a maintenant lieu dans la climatisation des 140km/heure de moyenne d'une megane neuve et très propre que nous paressons salir, routards que nous sommes devenus en trois jours, véritables "mochilleros"comme on dit ici (intraduisible:"porteurs de sac-a-dos", "sac-a-dos-eurs"). La conversation conviviale s'organise autour du maté et petits biscuits qu'on nous offre, c'est nous qui faisons voyager ce couple rangé par le récit de nos tours et détours.
Arrives a posadas de nuit en quelques heures, la capitale de notre région de destination, la digestion du resto Italien finit de nous épuiser, nous nous jetons tout habillés pour dormir sur un terrain vague entre deux maisons, le sac a dos pour coussin.
Alors que je peine a m'endormir, je me rends bien compte que quelque chose a changé dans la nature, il y a du nouveau. En contemplant l'étrange population nocturne de toutes sortes d'animaux, d'une densité et diversité inquiétante, d'énormes chauves-souris volant autour de nous, toutes sortes de bruits nouveaux pour moi, des cris d'oiseaux indéfinissables et autres grincements bizarres d'insectes, je réfléchis au sens, au but de notre voyage.
Et cette idée me vient comme une évidence: nous partirons a la recherche des restes de la population allemande dont j'ai entendu parler qui habite cette région.
L'idée de cette communauté a un sens particulier pour moi: elle prend sens dans ma recherche du lieu et de la population idéale.
Mon idée initiale en venant en Argentine était de réaliser en me déplaçant tous les 6 mois entre Buenos Aires et Berlin comme une synthèse personnelle vécue de mentalités qui se complètent et s'équilibrent. Peut être que cette synthèse existe déjà faite par un mélange depuis quelques générations des allemands et argentins qui plus est dans cette région subtropicale magnifique.
peut être que c'est tout simplement le lieu idéal.
Il faut aller voir ça.
Après quelques étirements le lendemain nous décidons d'abandonner la pratique de l'auto stop décidément trop laborieuse ici d'autant que les prix des bus sont modiques.
Nous prenons donc un bus a Posadas pour réaliser en grand écran derrière le pare brise du premier étage les quelques 150km qui nous mènent a Montecarlo, au coeur de la région de Misiones. Nous allons a Montecarlo parce qu'un vieillard qui vendait des couteaux sur une aire de service (et qui avait l'air de s'y connaître) m'a dit que c'est la que se trouve l'une des plus grandes concentrations d'immigrations allemandes.
Sur la route le pare brise de cinéma nous offre un spectacle magnifique (enfin, M'offre un spectacle magnifique parce qu'Anne dort a cote de moi, décidément cette Anne est un chat d'ailleurs on la voit sur plusieurs photos de la galerie de Buenos Aires ci-contre en fond endormie).
Je découvre cette fameuse terre rouge (riche en fer oxydé -et argile?) qui contraste si bien avec le vert intense de cette nature exubérante, les palmiers, les bananiers... je note a un moment une salamandre (iguane?) écrasée énorme, blanche et noire.

En arrivant au village (une ville en fait mais qui ressemble tant a un village) de Montecarlo l'esprit allemand s'impose au premier coup d'oeil trois choses me surprennent: Les noms presque tous allemands sur les commerces, des maisons coquettes bien tenues parfois a l'architecture allemande! des toits pentus qui rejoignent presque le sol comme s'il neigeait ici! Et surtout, surtout, les pelouses des maisons rasées de près sans exception... ou sommes nous?
En voyage: voila nos pieds qui foulent ce sol argentin germanique et vaguement guarani.
Après nous être renseignés auprès de la propriétaire d'un taudis très attirant dont une pancarte proposait une chambre a louer, un homme s'approche de nous: cet homme allait devenir mon ami d'une semaine, je ne le savais pas, j'essayais de décrypter ce qui se cachait derriére son sourire fixe constant ces rides ce regard de vieux sage á sérénité supérieure. Tino Nous dit qu'il est gérant d'un camping, qu'il est en train d'attendre le bus pour y aller faire son service, que c'est a quelques kilomètres, beau et bon marché. Nous prenons les indications d'accès et continuons notre découverte de Montecarlo.
Nous tombons sur une fête dans une école: "rencontre des hommes de l'Église évangélique apostolique de Montecarlo", tous de typiques allemands aux yeux bleus: Anne m'a dit que j'ai rougi quand j'ai fait passer la conversation en allemand, probablement l´émotion de mes premiers mots en allemand dans la région, et le poids de l'attente qu'il y a derrière.
A la suite de leur conseil nous visitons l'admirable parc "Vortisch" en bordure de ville. Nous avons de la chance: se jour-la a lieu dans ce jardin public-botanique magnifique une manifestation de grande envergure: rien moins que la fête nationale de l'orchidée et la fête régionale de fleur: de nombreux stands et installations dans la facture desquelles je devine nettement la main germanique (notamment les assemblages des structures de bois ou je devine l'esprit des compagnons menuisiers allemands au savoir faire réputé(étrange corporation traditionnelle du reste avec leur déguisement et leur itinérance)). Nous avons aussi eu la joie de nous perdre dans le "plus grand labyrinthe végétal Amérique latine".
La nuit tombée nous rejoignons le camping dont nous sautons allègrement la barrière fermée (qu'il est bon de sauter un barrière fermée avec une amie!) pour découvrir un lieu complètement vide. Nous devinons un lieu très beau en fumant sur le bord de la piscine quand Tino se réveille et nous rejoint, toujours aussi bon (j'ai oublié de le noter mais il est vrai que les gens sont a quelques exceptions près formidablement adorables) il nous installe sous un énorme préau normalement destiné aux repas, nous fournit lits de bois, matelas. Bien qu'épuisé à nouveau je dois me boucher les oreilles pour pouvoir dormir tant les cris nocturnes des animaux environnants sont intenses.
L'endroit est très beau, Nous sommes les seuls clients, Tino nous bichonne, il nous raconte sa vie et la vie d'ici le soir au bord de la piscine vide, nous décidons de rester la quelques jours.

George et moi-on voit en fond la piscine dans laquelle George est tombé il y a 10 ans lui causant très grave traumatisme cranien amnésie etc., (puis séquelles depuis:crises type épilepsie, pertes de repères et de mémoire) Il s'en remet lentement, il était comme un peu simplet et m'aimait bien.
Tino nous décrit la situation singulière: le camping est officiellement fermé, le proprio vient de mourir, sa veuve triste ne veut pas s'en occuper ni investir les quelques 1000euro qui serviraient a réhabiliter la piscine et rouvrir le camping. Il n'en fallait pas plus pour me faire naître une nouvelle vocation de gérant de camping-investisseur, je me voyais passer l'été avec Tino la bas entre les touristes les oiseaux et les palmiers, j'avais des projets d'agrandissements et de construction de cabanes dans les arbres. J'appelle la proprio le lendemain. Il paraîtrait qu'elle avait déjà un compromis avec un locataire potentiel, tant pis, je ne serai pas gérant de camping pour l'instant.
Mais Tino a un autre projet pour moi: justement sa nièce vient d'acheter un camping plus grand qui est a finir d'aménager: peut être de quoi assouvir ma nouvelle soif de gérance de camping. Il organise une visite en famille la bas le surlendemain et nous invite a y dîner avec sa soeur, son frère chez son beau-père qui habite sur le site qui est a quelques kilomètres.
Ce qui nous donne l'occasion d'un repas en famille sur la terrasse de la maison en bois du beau-père, manioc et boulettes de viandes trop frites de la soeur. Une famille comme les autres finalement: la soeur a sa place dans la cuisine, le jeune frère blagueur gros bêta, le beau père a l'air vicieux et fourbe, et notre Tino toujours excellent au sourrire inflexible et au regard intelligent. Le site est très beau mais il y en a pour un an de travaux, je leur dis franchement que je ne suis pas le riche investisseur qu'ils croyaient...
Le soir j'appelle depuis mon portable radio grafica pour conter quelques minutes quelques bouts de tout ce qui précède, et chroniquer l'argentine aux argentins auditeurs silencieux de La Boca.
C'était l'avant dernier jour de la présence de Anne. Ce soir-là nous avions raté le bus et nous avons du rejoindre le camping par une marche de deux heures et demie dans la nuit, qui nous a donne l'inspiration et l'occasion de nous battre l'un contre l'autre (c'est moi qui ai commencé) et de nous rouler au milieu de la route en nous faisant quelques bleus, une des conséquences de nos diverses montées d'alcool et virées d'humeur que je tais par une pudeur certes relative.
Le lendemain j'ouvre les yeux sur ce jour de cauchemar en observant Anne préparer ses affaires, un autre petit déjeuner d'adieu, une heure et demie passée avec elle a attendre le bus sous la pluie tropicale (le bus qui ne s'est pas arrête par deux fois, une spécialité locale dont nous avons bien fait les frais durant le séjour, une de ces absurdités bien typiques dont est capable ce peuple-à propos avez-vous entendu la dernière? cette nuit le pays est passe a l'heure d'été mais a la suite d'une polémique seulement la moitie des provinces ainsi qu'il y a deux heures officielles (dans le même fuseau horaire évidemment) découpées par région politiques).
Anne est partie vers d'autres horizons vendredi 17 octobre 2008.
Juste après son départ ont commencé diarrhée et vomissements terribles que j'arrivais a interrompre par quelques heures de sommeil la semaine qui précède avait été éprouvante et le rouge de la veille aussi. Seul sous mon préau je me bouchais les oreilles cette fois pour diminuer le bruit des torrents de la pluie tropicale, mes affaires loin de sécher commençaient à moisir, tout humide et si triste et seul que c'en était dróle.
Décidément Anne me trouble, au sens propre aussi, sa fréquentation me réjouit et me déconfit en même temps (d'ailleurs l'un parce que l'autre et l'autre parce que l'un). Mais maintenant j'ai trouvé la solution a mes problèmes d'états d'âme, et je me demande d'ailleurs si ce n'est pas la solution a tous les problèmes de la vie: déménager.
Un dernier soir avec Tino qui m'a d'ailleurs offert sa chambre pour que j'aie moi froid et moins humide que sous le préau venteux, ces quatre murs m'ont vite remis sur pied, j'ai pu partir a mon tour le lendemain.
Pas la peine d'aller bien loin: l'autre ville, deux fois plus grande, connue pour sa communauté allemande est a 60km plus au nord, ou je poursuis ma recherche du lieu et peuple idéal, porte d'ailleurs un nom qui s'y prête: Eldorado.
La, je suis entré hier dans quelque chose entre un film de Lelouch et un roman de Bouvier,
mais je le raconterai la prochaine fois.
Un employé de la station service dans laquelle je suis est en train d'arroser le sol aux alentours pour rafraîchir l'atmosphère, en face de moi, de l'autre cote de la vitrine.
Il est 1:55 de la nouvelle heure, je vais essayer d'aller dormir mais comme toujours je n'ai pas sommeil.
pour des images du lieu vous pouvez commencer a:
http://images.google.com.ar/images?hl=es&q=misiones&um=1&ie=UTF-8&sa=N&tab=wi
pardon pour les pbs d'accents dus au fait que ces salauds d'argentins n'ont pas de claviers francais.

2 comentarios:
Salut Juan
C'est bien agréable de te lire...
Je t'embrasse
C'est l'eldorado de candide ? L'Eldorado, un ailleurs exotique
http://oralbacfr.ifrance.com/lumi%E8res/candide%20eldorado.html?NOM=oralbacfr
C'est marrant.... Continue a nous faire voyager...
Bises :
Sandra
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