un fameux dix mai 2009miércoles, 27 de mayo de 2009
domingo, 24 de mayo de 2009
extraction de ura


La ura est un parasite qui fréquente aussi les humains, pratiquement tous les missionnaires en ont eu une au moins une fois. J'ai connu ce bonheur d'y échapper. Ce sont les mouches qui les transportent. La bête se nourrit de pus; lorsqu'elle est assez nourrie, elle sort pour se métamorphoser.
notez les espèces d'épines qui entourent l'animal, destinées à empêcher le mouvement vers l'arrière. La nature est tout de même bien faite.
miércoles, 20 de mayo de 2009
martes, 19 de mayo de 2009
sábado, 9 de mayo de 2009
Colite gastroenteritis infectieuse

(chez Denies – chambre de malade)
autrement dit, colite Eldoradense (cette adjectivation du nom Eldorado en espagnol produit un jeu de mot amusant en français ; Rojo parle souvent d’une situation problématique en disant « es densa la historia »)
Je lui avais bien dit que je trouvais son eau suspecte.
Mais je ne voulais pas trop avoir l’air de la poule mouillée que j’étais déjà suffisamment, avec ma crème anti-moustique tout le temps, et mes perplexités quant à l’hygiène.
Selon un amusant paradoxe du destin, en voulant paraître fort, j’aurais pu me faire disparaître.
Plus sérieusement, je me disais qu’étant potable pour Denies elle serait potable pour moi, je l’avais testée de passage chez lui, il n’y avait pas tant de risque, et c’était comme le moment de ne pas faire de façons. C’était surestimer mes facultés physiques d’adaptation. C’était aussi l’époque de ma redécouverte des grillades de poisson…
Tout serait simple si on pouvait toujours se fier à son intuition.
Et d’ailleurs : laquelle ?

Miracle de la résilience, ce qui aura été un mois d’abattement me donna envie de tout bien faire, en me tenant droit, en plus (pour mon dos). Cette maladie, m’ôtant sels minéraux et autres choses, comme si un vidage appelait un remplissage, m’aura beaucoup apporté : j’ai peut être arrêté de fumer, et j’ai peut être réussi à me décider à partir de ce lieu maudit, Eldorado, où les rues sont jonchées de mon fruit préféré, des avocats délicieux qui abondent tant qu’on les laisse pourrir sur le sol, dans la terre rouge. Ici le bonheur était trop facile pour être vrai : les spectacles continuels irréels de la nature, des êtres humains, de leurs lieux de vie, de leurs moyens de transport, les bananiers, les bananiers, le téréré qui rafraîchit un climat cuisant, les bananiers, la vie en tong, la marijuana bon marché, les femmes inaccessibles et beaucoup trop belles, et pas un jour sans moustique, pas un jour sans crème anti-moustique – je hais les moustiques – je hais les moustiques - tout cela devenait insupportable.
Dès le surlendemain de mon aménagement chez Denies, mon ventre s’est gonflé comme un ballon ; j’avais comme de l’air en gestation, tandis que je voyais mes œuvres comme prendre couleur locale et liquéfaction.
Pour le nom qu’elle a, j’ai dû avoir une version douce de cette maladie : fluidité honnête et non dérangeante durant la journée, douleurs d’abdomen acceptables, faiblesse générale intense, mais de bonne guerre.
Denies n’avait pas de thermomètre, et je n’arrivais pas à déterminer si j’avais de la fièvre ou s’il s’agissait de la chaleur ambiante et de son enfièvrement normal. Car Denies avait bien un thermomètre, mais d’air ambiant, et il était clair que ma situation empirait quand ce dernier dépassait les trente degrés. Ainsi je prenais ma température au thermomètre accroché au mur.
Je devais donc profiter du temps chez Denies de cette manière inattendue. J’eus juste le temps de faire une promenade avec lui dans la jungle autour de son terrain le premier jour.
Dès le deuxième jour, mon abattement faisait de tout déplacement un effort pénible : j’étais comme pris au piège, je me retrouvais dans un état étrange, dans un lieu étrange, avec une personne étrange.
Cela faisait beaucoup de choses à découvrir en même temps, et ne faisait qu’ajouter à ma fatigue, qui à son tour ajoutait à l’étrange ; et je ne savais pas où ce cercle m’allait mener.
Mon corps, me rappelant sans cesse à sa réalité meurtrie, me coupait toute envie ; en me privant toute vitalité, il réduisait mon champ d’activités.
A dire vrai, il me privait des activités que j’avais prévues ; à dire vrai, il suffisait une fois de plus d’être flexible, et de m’occuper des activités qui étaient possibles dans cet état.
En effet, être malade a ses charmes, lorsque la douleur est au moins supportable, et que l’on peut s’habituer à elle comme une gène. Blessé retiré du front, il devient légitime de ne pas prendre part au tumulte du monde, au combat social. Plus rien n’est primordial que recouvrer la santé, tous les autres problèmes sont écartés de droit, tout change, être malade est un voyage. Ainsi cherchai-je une manière de tirer profit de cette situation exceptionnelle ; inactif forcé, je pouvais consacrer ce qui me restait d’attention à la contemplation de l’esthétique du lieu.
Je découvris en novembre Denies et son lieu ; le jour de mon arrivée il me montra cet arbre qui pleuvait à cette saison, au printemps finissant, sous un soleil de plomb, un arbre que des insectes font mousser et pleuvoir de l’eau, à faire de la boue sous lui.
Lancé depuis presque deux ans dans l’élevage de chèvres et de brebis avec des moyens très limités, mais avec de grands projets, Denies ne sort pratiquement jamais, une espèce d’ermite sauvageon de jungle locale, et à deux pas du centre ville. plus qu’un cachet, une œuvre d’art semi naturelle.
Denies m’avait précisé que l’intégralité des planches et poutres qui constituent la maison ont été coupées à la scie à main. Une vraie maison artisanale, sur la terre de son ancêtre danois.
Denies est la seule personne que je connaisse à habiter un quartier qui porte son nom (enfin, celui de sa mère qui l’a pratiquement élevée seule); de même que la rue qui mène à sa maison porte son nom. Son arrière grand père est l’un des pionniers de cette ville : bras droit du fondateur allemand Rudolf Schwelm, il travaillait à peupler la ville en la vendant aux communautés de la capitale et en Europe, où il passait six mois de l’année (dans les années 30et40, entre Eldorado, le Danemark, et quelques capitales européennes, ce ne devait pas être chose commune.). D’après Denies c’est son arrière grand père qui, en escroquant son associé Schwelm le fondateur, est responsable du fait que le centre ville d’Eldorado est au km.9 et non au km.2, comme le voulait Schwelm (c'est-à-dire près de sa résidence).
En terre héritée il a donc construit ce loft avec quelques amis (dont le garde forestier local), qui n’est que planches formant une pièce sous un toit de tôle. Des fenêtres qui font l’économie de vitres, une cuisine qui fait l’économie d’eau, une maison qui fait l’économie de salle de bains et toilettes, et un intérieur qui ne fait pas l’économie de l’extérieur. Une bande dessinée façon western.
Très aéré, lieu de passage de tous types d’animaux, quatre chiens (deux grands et deux petits), l’aquarium à mulots capturés sur place (élevage de nourriture de vipères), le passage effronté des mulots libres résistants aux pièges. (la disparition nocturne de mulots dans l’aquarium a fait conclure que venait se servir une vipère (ou couleuvre) libre!). L’un des petits chiens était si passionné par la chasse de ces mulots dans la maison qu’il s’enfouissait n’importe où à leur recherche, passait des heures devant des meubles en attendant leur sortie, jusqu’à s’endormir sur place. Evidemment il y avait aussi toutes les autres bestioles, insectes et autres. Au-delà de poussière, chaque heure apportait sa fine couche de terre rouge sur tout ce qui reste dans la maison (aussi depuis ce temps certaines touches de mon clavier sont résistantes ou ne reviennent plus). Le sol de la maison est tellement ressemblant à celui de l’extérieur, qu’on peut l’utiliser comme cendrier (au contraire des maisons en Europe, où le sol extérieur même a perdu son statut de cendrier) Sous la poussière, on trouve des antiquités étonnantes d’arrière grands pères qui ont fait l’histoire d’Eldorado, des meubles venus du Danemark au début du siècle, les carabines au dessus du lit, un frigo (d’un grand père) des années soixante attendant d’être réparé, des collections entomologiques décolorées, et, ce qui était très agréable, beaucoup de vieux livres. J’en aurai finalement essentiellement profité comme décor, ayant évidemment prévu, en arrivant, de tout lire (je suis tout de même arrivé à la sixième page de l’autobiographie de Benjamin Franklin, passionnant ; mais j’ai eu quelques diversions, comme on verra plus bas). Comble de l’exotique je trouvais là un dictionnaire grammatical Quillet en trois volumes (le même que maman) tout neuf, hérité du père, qui fricotait avec le français. Il était remarquable comment toutes les antiquités, au lieu d’être des objets muséifiés (morts) et pris pour leur statut de vieilleries, étaient des objets encore en utilisation, avec le respect qui était dû à leur histoire.
Sur la table toute la soirée ou sous le coin du matelas un personnage important, le flingue. Il l’adore manifestement, mais n’est-ce pas un objet adorable, après tout ? (en admettant, avec son propriétaire, l’hypothèse qu’on peut lui devoir la vie, par exemple) Au moindre aboiement trop insistant des chiens, Denies sort armé avec la ferme intention de tirer le premier. Une nuit il a failli abattre un voleur de brebis. Une autre, peu avant mon arrivée, un chien revient avec une balafre affreuse de machette sur la nuque (quoi que doyen, il s’en est très bien remis). Denies prétend préférer tirer d’abord, pour discuter ensuite ; aussi ce n’était pas sans plaisir que je le voyais disparaître dans la jungle en courant avec son 38mm dans une main, et sa machette dans l’autre, accompagné de sa meute de chiens (à son retour je lui demandais combien il en avait abattu). Je trouvai ses réflexes assez paranoïaques, et au regard de son caractère nerveux, je luis prédis qu’il allait abattre un ami, un chien, un inconnu, un enfant perdu, un indios-guarani perdu, enfin, une cible erronée, dans les cinq ans. Evidemment il refusait par principe ce que j’aurais plutôt adopté par principe, le premier tir sans balle, d’un vieux flingue « industria argentina » issu d’un troc, par ailleurs sans cran de sécurité. Malheureusement il ne lui restait que cinq balles, et il paraissait compliqué qu’en acheter d’autres. Je constatai, en passant de longs moments seul dans la cabane, près de l’arme, que j’avais pour la première fois de ma vie la facilité de réellement me tirer une balle, si je voulais. Je sentis un peu ce sentiment qu’Edgar Poe nomme heureusement le « démon de la perversité ».
Mais je suis encore là, enfin, ici.

L’eau était puisée à la source par une pompe, dont les algues et diverses plantes étaient un signe de bonne santé de l’eau, selon mon hôte. La pompe remplissait un grand bidon qui reste ouvert à l’air libre, où l’on se sert avec un seau.
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Je savais avant de venir que pour vivre en ce lieu je devais oublier la majorité des règles d’hygiène que j’avais connues ou élaborées dans ma vie. Un jour, enfin, je compris le monde bactériologique qui nous sépare, quand je vis devant moi mon hôte manger un ragoût devenu rance après avoir passé la journée dans les trente cinq degrés de son loft. Alors que l’odeur à un mètre de distance m’obligeait presque à quitter table, il me disait que le goût acide en faisait certes un autre plat, mais qui restait très mangeable. J’aurais peut être goûté, si je n’avais pas été déjà malade.
Denies ou les tortueux chemins de l’empathie
Dès les premiers jours, la découverte de l’envers de Denies devait me susciter quelques réflexions désobligeantes.
Evidemment, c’est une chose de connaître quelqu’un lors d’intervalles d’amitié, et une autre de suivre la personne dans les vingt-quatre heures de son quotidien.
Une des premières et plus grandes surprises allait être de découvrir la place qu’avait dans la vie de Denies cette sa vieille amie, qui n’est autre que ma vieille ennemie, la télévision.
Je dus donc constater qu’un bon tiers de sa vie consciente était consacrée à regarder et écouter cette machine de communication unilatérale.
En étant la sienne, puisque pris au piège dans son loft, cela allait être ma nouvelle compagne de vie.
Personnage subversif par tant de comportements, Denies gardait donc celui le plus universellement conventionnel, puisque comme désormais probablement plus de la moitié de l’humanité, il était affecté de télévisionisme, que l’on peut diagnostiquer quand la consommation est quotidienne, la compagne requise de tous les soirs, presque tous les midis, quand ce n’est pas l’après-midi ou la nuit.

Canal doce
Pas de dispute possible sur le choix du canal puisque sa télévision ne capte que canal 12, télévision locale de Misiones, malheureusement assez mal, l’image parfois très brouillée par une neige variable. Denies montait tous les deux jours tout en haut de l’arbre le plus haut pour essayer en vain d’améliorer la réception de l’antenne faite de néons. Je lui criais, de l’intérieur, des descriptions avec force détails de l’évolution de l’image, en fonction de ses modifications du dispositif. Par la suite, il me demanda de ne dire simplement que si l’image est meilleure, ou pire.
Une fois de plus en tant que stoïcien pratiquant, je me disais que c’était le moment où jamais, là, dans le loft de jungle, de se pencher un peu, de bonne volonté, sur la télévision argentine, que je n’avais pratiquement jamais regardée, depuis plus d’un an que je traînais mes préjugés dans ce pays. C’était le moment de profiter du spectacle, et j’en profitai en me laissant aller au plaisir d’observer ces belles images mouvantes.
Denies était donc aussi un consommateur de séries plus ou moins à l’eau de glaïeul. Ces séries que j’avais autrefois pris tant de plaisir à mépriser, je m’efforçai de les aborder de bonne foi d’un nouveau regard, qui a parfois été assez séduit, dois-je avouer, en même temps que l’ancien regard n’était pas complètement éteint, inévitable contradiction intérieure dont je ne sais pas si Denies comprenait les manifestations extérieures.
Je me souvins et lui parlai de grand-mère, qui commentait en direct les personnes et leurs comportements en regardant les séries : « menteur ! », « lâche ! » « tu vas le payer ! » par exemple. Je ne me privai donc pas du plaisir d’imiter ma grand-mère en commentant directement les scènes, et en formulant les émotions qui pouvaient en ressortir. Je finis enfin par m’attacher presque malgré moi à Leo, à Carolina, etc., à ces petits rendez vous si cordiaux et divertissants. Par ailleurs nous avions aussi des discussions sur les problèmes relationnels et affectifs des personnages, le scénario, l’ évolution possible, etc.
En ce qui concerne le contenu, je vous prie d’excuser mon snobisme à être un rien fier de ne pas pouvoir le comparer à ses équivalents français, ni même européens. Je ne connais que les séries argentines du canal doce. Mais je les connais toutes, et je les connais bien.
Il y aurait plusieurs romans à écrire sur ce que l’on voit sur canal doce au cours de la journée, une vie humaine n’y suffirait pas. De ce que j’ai aperçu, je retiens deux éléments remarquables de l’art télévisuel local, à voir s’il est universel, il me le paraît bien.
« Valientes »
Ainsi s’appelle la série qui passait en semaine de 21 à 22h30. Je m’abstiendrai de résumer ici le scénario pourtant passionnant et très tortueusement ficelé de cette série qui est le nouveau succès dans le genre en Argentine. Les trois frères, qui constituent les trois héros (« braves » ou « valeureux »), et qui ont pour projet secret de venger la mort injuste de leur père, sont les nouveaux sexe-symboles du pays (du moins l’ai-je lu sur la couverture d’une revue chez le marchand de journaux). (Ainsi ai-je essayé de me muscler et de me laisser pousser la barbe, comme eux, mais cela n’a malheureusement pas suffi)
Je me contente de présenter deux courts moments cruciaux de la série –d’ailleurs je ne sais pas comment ils font, presque toutes les séquences sont des séquences cruciales -quel art de l’intrigue !
Comme l’on peut voir la tension est grande, puisque Léo apprend que ses deux frères lui ont caché quelque chose de grave, et on peut bien voir comment ils se sentent coupables, le moment est dramatique, on se sent mal nous-même, on ne sait plus où se mettre. A la fin de la séquence il est manifeste que Léo est écoeuré : « no lo puedo creer » « je peux pas le croire ». Dure leçon : comme l’on voit, par faiblesse certes, la lâcheté et la malignité peut se rencontrer sein même d’une fratrie pourtant si unie et si belle par ailleurs, n’y a-t-il donc aucune relation pure ? que le monde est cruel.
« -regarde moi dans les yeux et dis moi qu’on ne sera jamais ensemble
-… »
(à la fin de cette séquence on entend un bout de la chanson du générique dont je me souviendrai toute ma vie)
Voilà ce que nous espérons tous : voilà la relation pure, mais elle est pour l’instant loin d’être possible : et nous souffrons de plus en plus à chaque embûche qui éloigne ce couple, de personnes faites l’une pour l’autre, et elles le sentent bien, et nous le sentons bien, mais le monde est si cruel que nous en arrivons presque à douter de leur union, mais heureusement il y a des moments intenses, comme celui-ci, où l’on peut presque être assuré sur l’union future de ce couple magnifique et vertueux, (de gens un peu comme nous, qui ont les défauts de leurs qualités, et qui veulent y croire, mais qui sont pris dans les difficultés de leur quotidien, d’ailleurs loin d’être facile…) mais il faudra tenir bon, comme ils tiennent bon, et probablement regarder tous les épisodes jusqu’à la fin pour peut être voir ce bonheur, et le nôtre, accomplis. Malheureusement je n’ai pas le temps, j’ai quelques bus à prendre.
Par la suite je demandai à Denies des nouvelles des personnages et de l’histoire, ils me manquaient un peu, au début, et puis avec le temps…
Malouines anglaises.
Et puis il y eut ce fameux je sais plus, 13, ou 25, ou 27 mars, ou quelque chose comme ça, la commémoration télévisuelle de canal doce de la guerre des Malouines , par un prog.d’histoire .
(bref rappel : en 1983, la dictature militaire chancelante, pour récupérer du crédit à la faveur d’une fédération patriotisante des passions politiques en temps de guerre (comme pour la guerre en Irak semble-t-il – et qui fonctionne dans les deux cas, mais à court terme) décide de lancer une offensive militaire pour récupérer cette île (étant de fait en territoire argentin) tranquillement occupée depuis des lustres par le Royaume-Uni. Ridiculement mal menée par l’Argentine (envoie de soldats du service arrivants, très jeunes et inexpérimentés (lancés au combat avec 80balles et mal encadrés) la guerre dure le temps que les bateaux et troupes anglaises arrivent sur l’île et la reprennent immédiatement. D’ailleurs le Royaume-Uni était soutenu par les Etats–Unis ; les dictateurs militaires n’y avaient pas pensé ? Stratégie incompréhensible ; morts d’innocents, cet événement fait chuter la dictature et augure une version argentine de démocratie.)
Ce qui m’a toujours surpris : 25 ans après la fin de la dictature militaire, pourquoi l’antimilitarisme n’est-il pas plus développé en Argentine ?
Evénement –détail ?- qui défie les lois de la raison, et pour tout dire assez déstabilisant : le service militaire cesse d’être obligatoire en 1989, 6ans après la fin de la dictature militaire, pour devenir volontaire. Cette année là qu’il devint volontaire, il y eut beaucoup plus de candidats au service que les années précédentes !
Donc le soir anniversaire de cette guerre, le canal doce y consacre un grand reportage.
Voyait-on des historiens débattre et interpréter les leçons à tirer de l’événement ? Non, on voyait des militaires raconter leurs aventures au front, une émission qui se perd en détails croustillants et complètement insignifiants, de la pure pseudo-histoire sensationnaliste, bref, l’écoeurant ragoût spectacularisant habituel du média télévision.
Le pire est que des idées sortent de ce spectacle, reconstitution d’événements sensationnels, comme s’ils étaient significatifs sur le plan de l’histoire !
Et quelle idée croyez vous qu’il en ressort… évidemment…un patriotisme primitif, (un « patriotérisme », comme dit Mariano), avec lequel on peut faire beaucoup de choses… une victoire électorale, ou de bonnes affaires !
Le fait était que j’avais en Denies un représentant direct de ce patriotérisme que les gouvernants cultivent précieusement, des gouvernants certes mérités par leurs habitants.
L’histoire non digérée d’un peuple qui n’a pas mûri la chose : est-ce cela un peuple jeune : un peuple qui comme un enfant a des vues limitées et peut être facilement victime ?
A la fin il redevenait évident que seul l’exotisme provisoire rendait les séries, ou même, presque tout ce que l’on pouvait voir à la télé, digeste : la vision proposée ne menait vraiment pas si loin que ça.
On va encore me reprocher d’universaliser certains critères arbitraires, mais dans le fond, je considère que consacrer son temps de vie disponible à de telles choses signifie comme avoir une très basse opinion, ou estime, de ce qu’il y a à faire de son temps de vie disponible, et ceci, en faisant preuve d’une forme de modestie dont je doute fort qu’elle soit consciente.
Au télévisioniques, on aurait simplement envie de dire : réveillez-vous !
(ainsi n’ai-je jamais compris, par exemple, comment les joueurs de jeux vidéos pouvaient éluder cette question : mais que suis-je en train de faire de ma vie ?)
Cauchemar de Candide
L’intriguant aimable, chez Denies, était comment il pouvait à ce point être aimable et à la fois rempli de défauts détestables. Je pouvais aimer à ce point cette personne-là qui a ces défauts-là.(qu’il soit clair que j’appelle défaut les idées contraires aux miennes) Je découvris peu à peu (en affaiblissant aussi) comme une empathie qui me faisait prendre en charge ses défauts : ils étaient des bactéries ou virus contraires à la majorité de mes idées, qui en s’insinuant en moi entraient en conflit avec la flore naturelle de mes pensées, tout cela se mariait à cultiver l’ambiance nauséeuse. Le résultat ne pouvait que m’être néfaste. Je découvrais au fur et à me mesure que prendre les choses au second degré coûte beaucoup d’énergie. Je ressentais que la bonne foi à prendre certaines remarques sur le ton de la plaisanterie, par exemple, peut être très consommatrice en énergie vitale (concrètement, il s’agissait de flirter avec une homophobie acharnée, le racisme, le sexisme machiste, la valorisation de l’argent, le patriotérisme, et…jusqu’à une défense du nazisme… et j’empasse) tout cela commençait à prendre un goût amer au quotidien, et dans mon état affaibli. En même temps, alors que j’empassais, je découvrais que mon hôte était du genre à prendre plaisir à jouer avec les nerfs des autres, (Nervensäge, en allemand). Par exemple me sachant égalitariste il ne passait pas une occasion de lâcher un « sale nègre ! » en présence d’un nègre à l’écran.
La relation avec mon hôte a commencé à pourrir lorsque ma maladie s’est déclarée, c'est-à-dire dès le deuxième jour. Je le voyais faire la tête : il me disait que c’était son taciturne normal, il avait raison, mais je sentais bien qu’il me détestait d’être malade, il cachait à peine la gène que j’étais devenu pour lui. Je crois que l’origine de son exaspération à mon égard était de me voir inactif et inutile, et alors que j’étais sans force, nauséeux (je n’ai jamais régurgité, mais en ai ressenti le besoin durant deux semaines) et fiévreux, il me disait que le mal n’était que dans ma tête, et que c’est une forme de paresse, je n’avais qu’à me bouger un peu. Ainsi dès le début de ma maladie l’ai-je vu se distancier de moi de plus en plus, en exprimant une indifférence à mon égard à mesure que mon état empirait. Ce que je devais contempler alors, c’était une nouvelle manière de réagir face à un être humain malade : l’indifférence.
Disons que j’avais oublié cette hypothèse, encore de l’exotique. Par moments, je me demandais si cette maladie qui me prenait au piège, allait, sous des airs différents, donner au piège des airs de cauchemar, et au cauchemar, ceux d’une cabane dans la jungle, en compagnie d’un ami aux yeux bleus.

Parfois je me demandais si Denies n’était pas le diable, puisque le diable pouvait très bien avoir les yeux bleus ; la figure du diable marie charme et
Qu’y a-t-il de pire comme relation humaine que le contraire de l’empathie ? N’était-ce pas la racine du mal humain qui partageait mon toit de tôle? Et avec un trente-huit millimètres sous le coin du matelas ?
Cette non-empathie, ou « empathie zéro », comme dit Vivian, certes fascinante, devenait écoeurante et, finalement, nuisible, voire dangereuse. J’avais comme l’impression que je ne guérirais jamais dans ces conditions, que j’aurais pu rester indéfiniment comme ça.
Un des livres à succès de l’année 2008 en Argentine a été un essai de je ne sais qui, s’intitulant « Gente toxica » (« gens toxiques» ou « personnes toxiques »). D’après ce qu’on m’en a dit, l’idée est qu’il y a des personnes malfaisantes dont ont sous-estime la mauvaise influence et qui ruine rien moins que le bonheur. Cette influence peut être inconsciente, éventuellement de la part de l’individu malfaisant, très souvent aux yeux de la personne qui subit la mauvaise influence. Théorie désobligeante, qui paraît cruellement opératoire. Je venais de passer un cas caricatural.
Evidemment toutes ces caractérisations sont relatives à moi à ce moment et ne définissent pas le personnage en soi, mais ce qu’il est potentiellement.
Mon hôte était en même temps comme profondément honnête voire gentleman.
Evidemment, il y avait moyen de comprendre Denies, que le destin l’avait façonné comme ça, que j’aurais été comme lui à sa place, ce qui est vrai. Le malfaisant était accidentel, un fait malheureux dont j’étais le premier responsable : vivre auprès de cette personne.
Je découvre de plus en plus mon besoin de calme : je souffris très-paradoxalement du même mal dans le loft dans la forêt qu’à Buenos Aires centre ville : l’absence de silence, en l’occurrence, la présence sonore de la télé ou radio en permanence (ce qui me faisait d’ailleurs finir mes grasses matinées dans la forêt à coté de la maison grâce à une couchette fort pratique) et je profitais de ces matinées et de ces réveils entouré d’arbre et de bruits d’animaux, et toujours, toujours, les moustiques, les moustiques, les moustiques qui finissent toujours par trouver le petit bout de chair où la crème antimoustique n’est pas allée. Je connais peu de choses pires dans la vie que d’être réveillé par des piqûres de moustique.)
Après un peu plus de deux semaines je trouvai mon état assez piteux pour me rendre compte que dans ces conditions ma guérison allait tarder ou ne jamais avoir lieu !
Mon dégoût planifié de Denies, pour partir le cœur léger, a fonctionné au-delà de mes expectatives : il m’a dégoûté des Eldordadense en général, il m’a guéri du moins provisoirement d’une certaine générosité, il m’a écoeuré d’Eldorado en général et m’a donné envie de partir !
Irma, ou les fortunes de la vertu
Je connaissais Irma pour lui avoir loué un deux pièces attenant à sa maison le mois de décembre. Cette fois, je lui demandai (le lendemain d’une invitation à dîner chez elle) mi-mars, pour me soigner, de venir chez elle, dans la chambre du fond normalement consacrée aux neveux ou autres petits enfants : elle m’ouvre sa porte du jour au lendemain, me laissant choisir le prix. J’avais décidé qu’Irma serait une mère de substitution provisoire, parce que je lui en sentais les vertus endormies.
A la fin, je me dis que mon aventure avec Irma n’a été possible que par le gentil garçon que son contact m’a toujours donné envie d’être, alors qu’elle-même est d’une bonté qui invite à la vertu. Je l’invitais à mon tour, d’une certaine manière, à être la bonne grand-mère qu’elle était potentiellement. Ainsi avons nous pu être de quelque utilité l’un pour l’autre.
Revirement des tortueux chemins de l’empathie.

Emménagement chez Irma tout maigre, avec un plant de basilic à transplanter accroché au bagages
Irma : une autre amitié, une autre professeure de vie
Je ne pouvais qu’aimer sa douceur, son empathie, sa tolérance, sa confiance à m’accepter comme je suis, m’ouvrir sa porte ainsi. Non fumeuse, elle tolérait mes excès de tabac où je voulais. Je ne pouvais qu’aimer cette chambre caverneuse du fond, disposant d’une salle bain attenante, précaire, mais à peu près fonctionnelle, à peu près propre, un vrai avec un matelas tout neuf, et, merveille, un ventilateur de plafond, c’est-à-dire de quoi souffrir en paix, entre la matelas et le ventilateur. Je diffusai doucement et progressivement une certaine affection de petit enfant qui n’a plus de grand-mère, d’enfant privé de mère, de garçon privé de famille. Cet épanchement envers elle, et le sien envers moi respectaient cependant une certaine distance, qui donnait à notre commerce une certaine noblesse.
Elle ne pouvait qu’aimer mes vertus, ma confiance et mon respect, enfin l’espèce de super-petit enfant qu’elle me faisait être. J’étais en effet à la fois divertissant, dévoué, et rémunérateur. L’affection se combinait au respect, à de menus cadeaux, et au paiement, rubis sur l’ongle (des nuits et repas), enfin, à ces choses normales pour des homo sapiens européens comme : être honnête, ou faire la vaisselle par exemple.
Je me souviendrai toujours du regard à la fois ahuri et attendri d’une vieille voisine : je lui demande si elle me trouve beau ou qu’a-t-elle à me regarder comme ça ? elle me dit : « hermoso » ce qui signifie quelque chose entre beau et magnifique : je m’étonne de ce compliment puis je comprends qu’elle ne s’adressait pas à mon apparence physique mais au fait que j’étais en train de sortir du linge de la machine pour l’essorer. Elle voyait peut être pour la première fois de sa vie un homme s’abaisser à cette tâche ménagère. En bon borgne, je me dis que les qualités des uns ne sont souvent que les défauts des autres.
Tout cela pour dire une chose si simple : le destin me projetait dans la rencontre d’une déjà-vieille femme qui s’ennuyait. Simplement isolée affectivement, c'est-à-dire sans échange, sans reconnaissance et sans apport de nouveau.(comme toujours, elle était par ailleurs l’auteure inconsciente de cette situation) Je lui ai simplement donné un peu d’humain : j’étais là proche d’elle, je lui parlais, je l’écoutais. Cette dernière chose surtout lui a réveillé des choses, d’où l’on sent bien qu’écouter fait exister quelqu’un, « simplement ». (ainsi me dis-je en psychanalyse les patients en parlant ne font rien d’autre que se faire exister)
Encore de quoi faire des romans : les derniers 14 ans de son mariage à soigner son mari paralytique des très mauvais caractère, capricieux, dictatorial, odieux, insupportable. J’avais dans ses descriptions le portait d’un méchant personnage d’un roman de Zola que je n’ai pas lu.
Un détail éveilla beaucoup mon attention et m’enseigna beaucoup de choses.
Devenu hémiplégique et « malades des nerfs » comme elle dit, il était simplement toujours de mauvaise humeur parce que tout l’agaçait : Irma me raconta qu’il s’énervait parce que le chat passait dans la pièce ! « mais qu’est-ce qu’il fait ce chat ! » « mais virez moi ce chat d’ici ! » etc. et c’était parti pour une bonne demi-heure de bonne mauvaise humeur, et resta ainsi pratiquement toutes ses dernières années.
N’étais-je pas moi-même parfois de mauvaise humeur pour des petitesses de l’ordre d’un passage de chat dans la pièce ? Irma me trouva aussi les nerfs sensibles ; depuis je m’exerce à prendre mes propres nerfs à la légère. Mais quel est le rôle des nerfs en tant que nerfs dans la vie humaine ?
Le premier soir, Irma me cuisina une soupe lyophilisée, en sachet. Non mais, pensai-je, les valeurs se perdent (et en lui disant, du reste, que c’était délicieux ce qui, du reste, était vrai (la vastitude du vrai permet certains écarts)). Le lendemain, bien que malade, bien que payant pour les repas, je ramenai à la maison de quoi faire une vraie soupe. Si elles n’ont plus d’enfants ou de petits enfants pour les tenir, les grands-mères se mettent à faire n’importe quoi.
Nous avons donc mangé à peu près sain ; Irma n’était pas la diététicienne avertie (que doit être toute grand-mère) que j’attendais ; par contre, Irma savait des trucs de grand-mère, y compris des trucs de grands-mères guarani, que je comparais à mon savoir en diététique surtout dû à mère. Le soir nous parlions de soins, de médicaments, de la médecine, des médecins locaux, de nos maladies autour d’un potage. Son truc contre la diarrhée, c’était la décoction de feuille fraîche de goyave, ça n’a pas fonctionné. (Chacun y allait de sa recette, à l’époque, d’après Simeon, sage artisan chilien : le truc des Incas (que je n’ai pas testé) c’est boire une décoction de noyau d’avocat préalablement braisé vingt minutes.) j’ai essayé ainsi plusieurs herbes qui ne me soignaient pas. Que ce soit dit, la chimie des antibiotiques, il n’y a que ça de vrai.
Par ailleurs, nous parlâmes d’existences humaines et je retrouvai une certaine humilité et générosité de pensée que j’avais soupçonnée. Pour le reste, comme tout le monde, elle résultait d’un mélange de la mentalité locale (elle n’a jamais quitté Eldorado qui avait vingt ans à sa naissance) et de ses propres pensées-expériences. Par ailleurs j’étais un peu en terrain connu, la mentalité de fond, surtout due à feu son mari, n’était rien moins que la bonne vieille mentalité conservatrice et conventionnelle italienne, puisque son mari était issu d’italiens.
Un jour que l’électricité vint à manquer, je pus constater que l’expression « économie de bout de chandelles » n’est pas qu’une expression. Elle manifestait un grand respect à mon égard que je m’efforçai de rendre.
Je la poussai à rejoindre le groupe de yoga qu’elle avait repéré, je la stimulai, l’invitai à sortir.
Autres tortueux chemins de l’empathie

Voilà pourquoi il est fatigant de voyager : alors que l’humain est un être d’habitude, voyager est changer de point de vue, se mettre dans des situations qui remettent tout en cause (les idées notamment, qui sont finalement des sortes de pensées habituelles)
Mercredi huit avril, j’ouvris la cage d’un oiseau… pour qu’il rentre dans sa cage de sa propre volonté.
La valeur que je donnais à la liberté était-elle donc une chimère humaine de plus ?
Ce mercredi matin Irma était sortie quand je me levai. En sortant sur la terrasse, je vis tout de suite que l’une des deux cages, contenant normalement deux perroquets, était vide. Soit ils avaient été volés, ce qui était fort possible dans ce quartier, soit ils s’étaient évadés, auquel cas je me réjouissais pour eux.
Puis je les vis dans les arbres autour de la maison. Je me préparais à l’éventualité qu’Irma me demande de l’aider à les capturer, et je me demandais comment lui annoncer que je ne prendrai pas part à cet acte répugnant ; j’avais pensé me tourner en dérision en disant que ma religion ne me le permet pas, ce qui en définitive est un peu vrai.
Que ne vois-je durant la matinée l’un des deux perroquets descendre de l’arbre sur la branche qui porte sa cage et, tout doucement, jusque devant l’entrée de la cage, à essayer de l’ouvrir !
Que le monde est complexe.
Dans un drôle d’état de confusion face à cette excessive complexité du monde, j’allai ouvrir la porte à cette bête par ailleurs très agressive, teigneuse et ingrate, puisqu’elle m’adresse les mêmes cris et coups de becs lorsqu’elle est libre hors de la cage que quand je la lui ouvre, elle s’empresse d’entrer.
Il s’agissait d’un autre paradoxe : quand je l’observe dans sa cage la bestiole toujours agressive s’accroche au barreaux, essaye de m’atteindre de son bec quand je m’approche, elle paraît vouloir me crever les yeux, ce que je comprends très bien, je ferais de même si je devais vivre dans les mêmes conditions. Mais libre, la bête garde la même attitude teigneuse, accrochée à l’extérieur elle me regarde avec la même agressivité que lorsqu’elle est accrochée à l’intérieur. Autrement dit libre, elle m’adressait encore l’expression de sa frustration d’être enfermée, tout en s’enfermant elle-même. Une simple habitude de sa part ? La cage n’est-elle qu’un outil pour le perroquet, qui lui permet de ne pas être libre ? Un obstacle qui permet à sa hargne naturelle de se développer ?
Est-ce que l’humain ferait (fait) de même, entrer de son propre chef dans sa cage ? Est-ce qu’en définitive l’humain aussi préfère la cage ? Est-ce que nos cages nous sont utiles ? Nous permettent d’être ce que nous sommes ?
PHOTO perroquet 091
Il me faut toujours détester, au bout de quelques temps, des personnes autant que je les ai aimées.
Soyons sincères : on déteste souvent les personnes que l’on aime, et on les déteste autant qu’on les aime, en général, au moins autant qu’on les trop fréquente.
Je vis, au bout d’un peu plus d’une semaine, en quoi Irma devenait détestable : sa voix était beaucoup trop aiguë (sans parler de certaines tonalités agaçantes), et elle avait trop l’air d’une vieillarde sans en avoir l’âge, ce qui en soi était suspect : qu’est-ce qui pouvait la pousser à surjouer ainsi son âge ? Je trouvais ça dégoûtant.
Mais le pire, et le plus grave, l’insupportable, fut quand je vis son air et ses sourcils se froncer en observant par la fenêtre d’autres humains : je la voyais faire part de cette curiosité immonde, atroce, je ne la supporte plus. C’est ce qui me chasse d’Eldorado, où je ressens la même exaspération que j’avais ressenti au bout de quelques mois dans le sud de l’Azerbaïdjan : la curiosité des autres est épuisante ; au bout de quelques temps, être une bête curieuse devient harcelant (j’imagine ainsi un peu ce que devient le commerce du monde pour les personnes célèbres). C’est comme si les humains devenaient pesants, violateurs, on ne supporte même plus la curiosité chez ses propres amis ; enfin, c’est dumoins ainsi que le destin se joue de moi.
Mais il était impossible de détester trop longtemps quelqu’un de si vulnérable : Comment peut on détester quelqu’un de si bon ? En se comportant un peu comme Gandhi elle m’ouvrait les yeux : manifestement, il me fallait détester quelque chose, ou quelqu’un : le « détester » est en moi. La haine est immanente, le monde n’est qu’une excuse. On accuse les chats de passer dans les pièces, ou on entre volontairement dans sa propre cage pour pouvoir s’en plaindre.
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En vrac quelques idées qui me passent par la matière blanche :
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Les argentins : plusieurs fois je me rends compte que l’on me demande des choses indirectement, par allusions : voilà la communication latine, en quoi elle s’oppose à la communication germanique, franche voire frontale.
Voilà de rassurantes confirmations de clichés : le latin privilégie la sensibilité, le germanique la raison.
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Interpréter les erreurs de frappe au clavier comme des actes manquéwxs : les conserver et les analuser ensuite. Problème : commenyt lers trouver significatives ? cela sera : soit hasardeux, soit très compliqué, soit ésotérique, ce que réunit, endéfinitive, la graphiologie, non ? (quelqu’un sait-il si une branche de la graphologie est dédiée à cela ?)
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Idée du voyage intérieur suggérée par le commentateur inconnu Eric :
Je me rendais compte qu’à chaque aventurette-découverte de la vie extérieure correspondait une aventurette-découverte intérieure, et qu’entre les deux il y a le stoïcisme, qui indique la manière de faire de chaque épreuve un enseignement, en envisageant justement les faits comme des épreuves, et les épreuves, les marches d’une vertu.
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En ce sens ce que m’enseigne mon mois de colite Eldoradense : la santé est une bonne chose, je vais essayer de trouver une autre manière de fumer : devenir,comme Vincent ou Alicia, un fumeur social, occasionnel, c’est-à-dire, pratiquement, arrêter de fumer.
Arrêter de fumer par logique : quelques tortueuses voies de la raison.
J’ai oublié le texte {a la maison.
Après trois semaines de ne plus fumer de tabac, arrêter le chocolat me paraît plus difficile que d’arrêter la cigarette. Ceci dit je suis déjà parvenu à baisser la consommation de deux à une plaquette par jour. J’essaye de passer du chocolat au marceau d’anis sec puis à l’eau.
Mais à la fin, la vie ne risque-t-elle pas de prendre le goût de l’eau ?
Voilà pourquoi je suis dans cette ville depuis cinq mois sans faire grand-chose de plus qu’aller rendre visites à mes amis en vélo (d’autant que je n’avais plus de téléphone):
A chaque fois je me dis que c’est fini, cette fois je vais partir, et puis je monte sur mon vélo pour aller voir Rojo par exemple, là je suis fasciné par le personnage et son lieu, et j’en rentre complètement bouleversé.
Ou je fis un tour dans un nouveauquartier et je suis impressionné.
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Avril aura apporta l’air d’automne à Misiones, où le fait que la température Puisse descendre au dessous de vingt degrés pendant la journée donnait un nouvel air inconnu, exotique aux lieux.
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Il est à remarquer que je ne suis pas seul à reconnaître le cinématographique du lieu : les gens d’ici le reconnaissent aussi. C’est peut être pour cela qu’il n’y a pas de cinéma à Eldorado, malgré ses 70 000 habitants. (il y a par contre trois casinos)
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Parfois, j’ai peur d’oublier que j’ai arrêté de fumer
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Je commence à comprendre un peu les enfants et à sentir quelque intérêt à les fréquenter. Je me suis rendu compte qu’il suffisait de les prendre au sérieux, je me suis rendu compte que ce que je détestais n’étaient pas les enfants, mais les enfants que les adultes font des enfants, autrement dit, la représentation des adultes des enfants, et qui font souvent être ce que les enfants sont. Considérant les enfants des individus comme les autres, il suffisait construire à chaque fois une relation individuelle, en trouvant un terrain d’échange ; je sentis en quoi leur débilité mentale peut être touchante.
Retour à une pseudo chronologie.
A peu près rétabli de ma colite, je me convainquis surtout pour acquérir du matériel de cyclisme, et pour voir ce fameux lieu, d’aller à l’Andorre local, une de ces villes frontalières ou il fait bon acheter, et qui doivent exister dans le monde entier.
Tout le monde m’avait parlé de Ciudad del este, cette ville au Paraguay à la frontière de l’argentine et du Brésil. Paraît-il parce que le Paraguay n’a pas d’industrie il pratique une fiscalisation différente qui rend l’achat de produits avantageux pour les argentins et brésiliens environnants.
Un endroit irréel de fourmilière humaine ne ressemblant à rien, ou alors, quelque chose entre BuenosAires, le Paso de la Casa et Téhéran, (on l’appelle le Shanghai d’amerike du sud
(tiens je me souviens en arrivant à Téhéran, où l’on avait été promenés une heure gracieusement par un chauffeur de taxi philosophe anglophone (comme à BsAs, où les chauffeurs de taxis sont connus pour être cultivés, bavards, et s’introduisant volontiers dans les conversations de leurs passagers ; j’ai ainsi pu, non seulement participer mais assister à des scènes d’échanges comment dire, chaleureux sincères et sympathiques, comme des moments forts, entre des argentins et leurs chauffeurs de taxis).
Donc Ciudad de l’este est remplie de commerçants vendant du très made in china pas si bon marché que cela, finalement, sauf pour les gadgets électroniques qui ne m’intéressait pas. Mélange de toutes communautés (beaucoup d’asiatiques) et clients. Parti les bananiers d’Eldorado le matin, je contemplais l’après-midi, depuis la cafétéria d’un septième étage, dégustant une nourriture chinoise payée au poids, l’enfer. Pour moi, un enfer surchargé, chaque surface un magasin, Le chaos de l’architecture absurde tous les climatiseurs, les câbles anarchiques dans tous les sens entres les immeubles comme à BsAs. La rue n’est qu’entrée de magasins. D’un côté une très-belle femme et très-mise en valeur invite les clients fascinés, de l’autre côté de l’entrée un vigile en jean, son fusil à pompe sur la poitrine. Il n’était pas rassurant de voir ces vigiles, souvent en civil, arborant leur fusil à pompe, et une autre arme à la ceinture, volontiers poignard de combat, à chaque coin de rue, comme l’impression de se rapprocher, je ne sais pas, de la Colombie peut être.
Deux semaines de santé m’avaient été suffisantes, c’est ce que semble avoir pensé le trottoir qui est venu le casser les deux premiers métacarpes de la main gauche.
Je me souviens très nettement d’avoir pensé, l’instant qui précédait le saut: «bon, ça passe » ; « quoique ». C’est ce doute qui a dû me perdre, c’est comme en skateboard et comme en tout en général (en quoi le skateboard est une bonne école de la vie) il faut y croire vraiment.
Ma main changea, et la douleur affreuse vint rappeler une certaine réalité charnelle des choses, que l’esprit distrait a trop tendance à oublier. La douleur est comme un message du corps à l’esprit, un message invitant l’esprit à formuler de sombres hypothèses. Le vélo, qui lui n’avait pas une égratignure, conduit mon corps, qui en était couvert, aux urgences où le sédatif ne calma pas ma crise de panique, livide tremblant et ne sachant où me mettre, ni que faire de moi-même. Je me rendis compte par la suite que finalement, le sédatif était du bon, quand une demi-heure après je me surpris en train de plaisanter avec les plâtriers qui me plâtraient.
J’étais surtout très heureux de m’en tirer à si bon compte, je craignais surtout une espèce de fracture complexe, qui aurait livré mes chairs à la chirurgie eldoradense. En contemplant mon plâtre sur l’avant bras gauche je ne pouvais m’empêcher de penser au semblable qui m’avait couvert le bras droit durant un certain mois d’août 2005 en Iran, où je m’étais cassé le petit doigt un peu de la même manière, en chutant au cours d’une course spontanée dans un pré en face du village historique Masuleh.
Je n’aime pas me casser les os, mais j’aime porter un plâtre, je trouve cela, comment dire, original et sexy. (Je formulai ainsi le projet de me plâtrer des parties du corps par fantaisie expérimentale)
Autant les laboratoires d’analyses me sont déprimants, autant les plâtres des traumatologues me mettent de bonne humeur, voire même, le plâtre serait légèrement euphorisant. Le plâtre est rassurant : Il signifie souvent que l’intrusion chirurgicale n’a pas été nécessaire, il n’est qu’un simple guide, un aide-mémoire corporel, et surtout, extérieur. Le plâtre évolue au fur et à mesure d’une guérison lente, mais certaine. Et tous ces effets collatéraux sympathiques qui rappellent des souvenirs : cette sensation d’être ankylosé, cette bonne petite mauvaise odeur que mûrît le plâtre, cette réduction de la masse du bras dans ce moule qui devient trop grand, enfin cette familiarisation facile et progressive avec cette chose neutre, blanche, propre, nouvelle, uniquement adaptée, bénéfique et sympathique qu’est le plâtre.
Le destin m’avait offert ce voyage (avec retour) dans l’infirmité, et une fois de plus il ne s’agissait que d’être un bon voyageur, en l’occurrence un bon infirme.
Est bon infirme celui qui intègre son infirmité et fait avec, c’est-à-dire invente une nouvelle normalité. Tout est possible à un bras me dis-je, ce n’est qu’une question d’organisation un peu différente. Et comment me refuser ce snobisme délicieux d’émigrer au Brésil emplâtré ?

En passant quelques détails, l’amertume de renoncer à mon projet touristique à Asuncion, capitale du Paraguay, fut compensée par la douceur de l’idée de me lancer sur le champ dans un projet professionnel au Brésil voisin.
Merveilles du monde moderne.
J’aime de plus en plus notre monde moderne, où l’on voit que la technique peut éclore des relations d’amitiés étonnantes, une bonté qui a toujours existé mais qui peut aujourd’hui s’épanouir sous des formes nouvelles. Je me suis resouvenu de hospitalityclub.org, réseau de voyageurs (au moins dans l’âme) et qui offrent ou demandent gîte, rencontre à dîner, ou visite de la ville, tout cela bénévolement par principe. Finalement une forme d’esperanto : espèce de solidarité humaniste désintéressée basée sur la sympathie, et l’intérêt à l’échange avec l’étranger. Quel abord de relation humaine peut-on espérer de meilleur ? Après dix jours passés à élaborer et présenter mon « profil », me présenter et faire connaissance par un courriel envoyé environ 200fois (500inscrits à Florianopolis et d’autres encore sur l’autre site couchsurfing.com), j’ai reçu une bonne trentaine de réponses très-souvent très sympathiques, et pour tout dire d’une chaleur, voire d’un enthousiasme qui m’ont souvent ému. Cela paraissait irréel.
D’après les réponses, je dispose d’environ six personnes qui devraient m’accueillir, ce qui me fera découvrir ainsi les quartiers, les habitants, des familles, et la langue en immersion en attendant de trouver ma propre maison et un travail, je serai ainsi plongé dans Florianopolis. Parmi les réponses, trois, dont celui où je vais d’abord, habitent près de ou sur la plage, un autre est une collocation d’étudiants voyageurs, un autre florianopolitain, (masseur et étudiant en histoire de quarante ans) cherche justement un colocataire et paraît aussi avoir beaucoup d’affinités avec moi. Les autres réponses m’invitent à dîner, d’autres à boire un verre, d’autres ont des conseils pour trouver un logement ou connaissent des logeurs. L’Internet permet ainsi de passer comme un filtre dans une ville, qui retient des personnes ouvertes, intéressées et désintéressées, bref de bonne volonté et relativement disponibles. Quand il n’est pas horrible, le monde moderne est merveilleux.
J'arrive lundi a dix heures, avec beaucoup de bagages (dont mon velo dans un carton) dans cette ville directement chez un inconnu qui me reçoit par plaisir, avec qui j’ai fait connaissance virtuelle il y a deux semaines, et avec lequel je sais déjà que j’ai des affinités, qui m’a choisi, et qui me propose gracieusement une chambre dans sa maison près de la plage.
Luxe inespéré, il viendrait me prendre à la gare, avec tous mes bagages, pour m’accompagner chez lui. Etonnant monde moderne : les portes du Brésil me sont ouvertes par les premières rencontres virtuelles de ma vie ; je dois dire que leur caractère mystérieux et hasardeux leur donne un piquant qui est agréable à l’amateur de hasardeux et mystérieux. J’imagines toutes ces personnes parfaites, et parfaites pour moi, d'ailleurs les argentins n’arr{étent pas de ma parler de ce pays comme du paradis.
naissance de bananes dans le jardin :

