martes, 25 de agosto de 2009

au sud, le froid. quelques précisions.

Voici quelques éléments que j’avais oublié de mentionner lors de la précédente édition trop photographique ; voilà donc maintenant une édition trop textuelle. Ainsi que d’autre précisions plus actuelles.

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sur le quai

L’après-midi de mon départ d’Eldorado, et d’Argentine, mon ami le Rojo, qui m’avait promis de venir, n’est pas venu me saluer sur le quai. Un rien triste, mais je connaissais le Rojo, je ne lui en voulais pas d’être comme il était, léger, volage, et pris dans une histoire compliquée avec sa compagne atteinte de jalousie paranoïaque pathologique (elle allait jusqu’à soupçonner une relation homosexuelle cachée entre le Rojo et moi). Mais la vie apporte toujours de bonnes surprises à qui sait attendre un peu triste. A 5minutes du départ, je vois arriver sur le quai le merveilleux Pablo, et que j’ai pu serrer dans mas bras avant de partir. Ma plus grande amitié des derniers mois d’Eldorado était là, me promet de venir me rendre visite à Floripa. En quittant les lieux depuis le bus, mon émotion pouvait donc couler sur un objet tangible.

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Les premiers mots que l’on entend de la chanson d’Eduardo, sur la vidéo de lui plus haut, sont « Eu no quero mais mentir… » « je ne veux plus mentir »

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décidément un Brésil qui ne ressemble pas au Brésil

Sachez que pendant que vous la coulez douce sous les tilleuls, on s’est gelé sous les bananiers, la température est parfois descendue jusqu’à 8degrés (exceptionnel selon les locaux) et très humide, les maisons ne sont pas préparées au froid, tout le monde a froid. J’ai dû porter bonnet dans la maison y compris la nuit, durant deux bons mois de mi juin à mi août. Heureusement si la journée est ensoleillée, la température remonte vite au-delà de vingt degrés. Ici aussi les gens sont sensibles au temps gris et tout le monde fait la tête quand il ne fait pas beau ; heureusement cela dure rarement plus de deux ou trois jours.

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Mon voisin homo trouve Sarkozy très sexy

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Pour répondre à la très chère analyze placius :
Non, il n’y a pas qu’au Mexique qu’on est positif (mais ça a tout de même l’air bien ensoleillé), il n’y a pas qu’en Europe qu’on se plaint tout le temps. Ici comme en Asie ou je sais pas où les gens ne se plaignent pas assez, ce qui les laisse fatalistes supporter des dictatures. L’art de se plaindre à la française est un ressort des révolutions. Il n’est pas nécessaire de venir ici pour le voir. En revanche, on se passe très bien d’un peuple qui se plaint tout le temps, en effet d’un autre côté le fatalisme permet, comment dire, un certain hédonisme du quotidien tout à fait délicieux, voire un art de l’improvisation, voire beaucoup d’autres choses.

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au sud, le froid

Le sud est, l’état de santa catarina et tout le sud du Brésil est connu pour être blanc, riche, ordonné, de droite, conservateur, de mentalités relativement « fermées », autant de caractéristiques qui les font ressembler à des européens, dit-on ici. Je retrouvais en arrivent ici en effet beaucoup de caractéristiques d’une population relativement policée, où un certain civisme existe, du moins une préoccupation pour l’autre et une certaine idée de l’intérêt général. Les infrastructures fonctionnent à peu près, malgré des énormités (le système de transports est un des pire aux monde, selon un indice)
Avantage de cela : l’une des seules villes au Brésil où la pratique de l’autostop est répandue. J’ai en effet eu la joie de constater qu’il est banal de faire du stop, y compris pour les jeunes filles qui se joignent à vous quand on fait aussi du stop. Au lieu de rester des concurrents isolés ici les stoppeurs se regroupent, ils font du stop à deux, à trois à l’occasion.

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Ambiance californienne : en entrant dans le bus je demande au chauffeur si le bus va bien en ville, ce jeune, lunettes de soleil et blouson de cuir, me répond affirmativement par un signe « fun » de la main, pouce et auriculaire opposés.
Les chauffeurs conduisent presque aussi sportivement qu’à Buenos-Aires, il faut sérieusement s’accrocher à l’intérieur ; mais la population, dont le comportement s’est adapté, ne semble pas même le remarquer.
Dans les bus, un usage fort sympathique veut que les personnes assises se chargent, sur leur genoux, des bagages des personnes qui doivent rester debout.
Beaucoup de bus sont équipés de logements spécialement adaptés à recevoir les surfs dans le bus, à l’arrière. un grand autocollant l’annonce sur la carrosserie : « ônibus do surfe ».

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valeur commune

Le centre ville est dominé par une certaine ambiance nouveau riche et ancien pauvre qui ont le consumérisme pour valeur commune. Les quelques rues piétonnes et historiques (où à un certain endroit, d’un certain angle, une vue fait penser à l’Europe, si lointaine) sont envahies de magasins qui vendent des choses, entre lesquels il y a des magasins de téléphones portables, entre lesquels il y a des agences de banques de prêt d’argent.
Le consumérisme à la brésilienne : pas rapport à l’Argentine et au reste du monde : un autre type de sobriété, un autre type d’exubérance, d’autres nouveaux riches.
Ici règne une version américaine de l’obsession du neuf, du stérile, tout est désespérément propre.

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Pizza au chocolat

Ce qui est bien dans le nouveau monde, c’est que c’est un monde qui n’a pas peur du nouveau : Il y a une créativité permise par une relation décomplexée avec les traditions, une manière de se permettre le n’importe quoi, une légèreté qui par contraste nous montre que nos coutumes sont lourdes à porter. Les brésiliens n’ont pas hésité à créer la pizza au chocolat qui a une grand succès.
Excellente, sur une base depseudomozzarella locale, avec ou sans fraises(morango), du chocolat en morceaux fondu sur la pizza.
La place, le rôle et les interactions du traditionnel et du moderne sont différents : il y a un conservatisme innovant tout à fait exotique qui a pour résultat par exemple

le rap chrétien.

Le soir où j’ai assisté au rap chrétien j’en suis resté bouche bée toute la soirée. Sur la grande place du centre un semi-remorque s’ouvre en scène avec de grands hauts parleurs, concert de rap, public rappeur. Que ne découvre-je que sur la scène les rappeurs sont accompagnés d’un prédicateur qui prend la parole. Les rappeurs du public (de vrais genre propres casquette et vêtements trop grands) se prennent alors tous par l’épaule en chaîne et ferment les yeux pour écouter, certains tendent les mains comme pour recevoir l’illumination du saint esprit. Puis reprend le rap à paroles chrétiennes d’amour, c’était le rap cristiano. Ici même le conservatisme est innovant…

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Porc tue gai

En arrivant je ne comprenais presque rien à ce que disaient les gens, au bout de trois mois je comprends presque tout, et je converse presque couramment en ayant consacré peut être en tout deux heures à l’apprentissage explicite. Connaissant les autres langues latines on possède environ 80pour cent du vocabulaire et même des conjugaisons, mais la prononciation est toute autre. Je comprenais presque tout de l’écrit, presque rien de l’oral, assez amusant. Et puis, j’ai ce bonheur de commencer à prononcer cet accent sensuel et merveilleux. Ce plaisir quasi érotique d’écouter la prononciation des brésiliens, même après trois mois. et ce nouveau plaisir de parfois arriver à les imiter. pour vous laisser imaginer je ne donnerai qu’un exemple : « de » s’écrit « de » mais se prononce « dji », sans blague. « janela », fenêtre, se prononce quasiment « janèala ». ils veulent absolument terminer les mots par des voyelles sensuelles, de sorte qu’internet s’écrit internet mais se prononce « internetchi », sans blague.
(de même que je trouvais dans l’allemand une sensualité linguistique particulière dans le plaisir par exemple d’éprouver les longs i, comme par exemple dans « liebe »(«amour») ou « schieben »(pousser))
J’apprends la langue comme à mon habitude, directement dans les bars, dans la rue, dans les cours de yoga, dans les conférences, les cours de la fac, avec toutes ces nouvelles personnes rencontrées quotidiennement, et en écoutant des livres-audio que je télécharge.

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Développement personnel à usage collectif

Il se trouve qu’on trouve sur internet beaucoup de livres audio sur le développement personnel, j’ai donc pu du même coup, en apprenant le portugais, pour pas plus cher, me développer personnellement. (de même qu’à Buenos Aires j’apprenais l’espagnol en écoutant et réécoutant « l’art d’aimer » d’Eric Fromm durant les longues heures de bus, en demirêvant éveillé au spectacle défilant des rues)
(En effet, une fois que l’on a désappris ce que vous apprend notamment l’université, par exemple mépriser en général, et ce qui n’est pas académique en particulier, on se libère l’esprit de toutes sortes de préjugés, on peut découvrir certaines choses.)
Ici je me suis donc personnellemendéveloppé notamment avec un audiolivre qui s’appelle « gerenciar os pensamentos » : « gérer les pensées » tout à fait pertinent.
Un autre « o segreto » « le secret » : il s’agit de rien moins que du secret de la vie, et puisque je ne suis pas cachottier je vous le dis directement : c’est ce qu’ils appellent « la force d’attraction » : ce que l’on se représente mentalement se réalise. Je me trouvais assez d’accord et cela a fait partie des prises de conscience bouleversantes, analysant mes expériences passées selon cela, la théorie est bien vraisemblable . On sous-estime en général la volonté, ou si l’on veut, on est en général victime (ou le rescapé !) de notre propre volonté plus ou moins inconsciente ; ou si l’on veut, on projette notre propre état affectif interne sur la réalité ; ou si l’on veut, on ne cherche dans le monde la vérification de nos préjugés ou de nos pré-sentis ; ou si l’on veut, on génère, rien moins, la réalité par la représentation ; ou si l’on veut, on est les auteurs de ce que l’on perçoit ; ou si l’on veut, non seulement on trouve mais on voit ce que l’on « veut », qui est déterminé par notre passé que nous avons enregistré et interprété. D’ailleurs en ce sens il ne faudrait plus parler de représentation pour désigner l’activité cérébrale (re- suppose une réalité préexistante) mais plutôt de présentation tout court. Je savais cela (les philosophes le disent), mais je ne l’avais pas compris d’une manière pour ainsi dire si triviale, si basique : non seulement on apporte le sens aux choses, mais la réalité est le produit de notre esprit, jusqu’à un point qui se confondrait presque avec la matérialisation du pensé, surtout si l’on reconnaît l’étendue vertigineuse de nos perceptions (j’ai connu quelques expériences troublantes à ce sujet). Heureuse et troublante coïncidence, dans ma troisième semaine ici un voisin me montre un film « qui sommes nous ? » sur une (ou soit disant, enfin, je n’y connais rien) application de la physique quantique au quotidien : la volonté commencerait au niveau cellulaire en passant par la perception, encore une fois.
Mais tout cela n’est probablement qu’un enfonçage de portes ouvertes de la philosophie.

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rituels

Après la promenade du vendredi 23juillet à vélo j’ai rencontré des personnes sympathiques sur la plage de riberão da ilha (ému de la beauté des lieux) : conversation d’un artiste peintre. Je rentre ensuite chez moi et me rends compte que tout ce que je fais, poser la clef là, ouvrir le frigo pour manger , mettre de l’eau à chauffer, etc, tout cela n’étaient que rituels : je pouvais très bien rester en chaussures et ne pas mettre mes pantoufles, boire de l’eau au lieu de thé, ne pas manger pour une fois que je passe par cet endroit, etc.
Arrêter de fumer montre comment manger est déjà un rituel, qui prend de l’importance à mesure que le tabagisme diminue.

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surplomber l’université

Mon nouvel appartement est situé sur un colline qui surplombe l’université et son quartier. A 6mn à pied du campus, une rude montée (la limite du faisable à vélo) qui isole du trafic bruyant du pourtour de l’université. Contrairement à la coutume brésilienne effectivement repérable sur les autres collines de la ville, mon quartier en colline n’est pas une favela (il y a en effet aussi des favelas dans cette ville de riches, mais des « de luxe »pas trop meurtrières) En haut, un mini quartier dans ma rue : quelques magasins, quelques bars, toujours quelques personnes les fréquentant, des groupes d’enfants qui tirent les oiseaux à la fronde ou escaladent les arbres pour récolter des fruits, puis courant partout, les bars bien populaires et rafistolés avec leur lot de personnages inspirés assidus de bars.
Dans les arbres du jardin à côté de la maison je crus voir de petits chats.. couleurs bien étonnantes, il s’agit de lémuriens, des « micos ».
Mon deux pièces (130eur/mois) est fonctionnel, meublé et tout neuf. Assez sombre, les fenêtres donnent sur des murs à deux mètres, ce qui est compensé par la vue depuis la terrasse à quelques mètres de ma porte : là le regard porte sur des kilomètres. L’entièreté de l’énorme campus, le quartier, la ville au fond, la mer, puis le continent de l’autre côté, et ses montagnes.
Deux grandes maisons contiguës ont été refaites à neuf et divisées en studios et deux pièces, et récemment investies d’une vague de nouveaux locataires, dont moi. Tous des étudiants chaleureux formant une ambiance communautaire naissante. Samedi j’organise un dîner et invite sur la terrasse tous ces brésiliens à qui j’offre une feijoada à ma version ; sans viande, mais avec des haricots verts et des oignons caramélisés : je les ai séduits. Il y avait aussi des grillades ; le repas de midi s’est prolongé mémorablement tard dans la nuit.
J’ai désormais une quinzaine d’heures de cours dans une école de français (de quelques personnes, où règne une ambiance familiale très sympathique grâce au couple-patrons charismatiques bienveillants (je fréquentais des français pour la première fois depuis six mois, c’était comme une immersion familiale française)).J’y peux finalement réaliser mon projet de laboratoire de philosophie, que j’avais imaginé à Eldorado il y a quatre mois environ, alors que j’étais en train de laver du linge à la main. Il suffisait de le faire. Ces quelques travaux devraient subvenir à mes besoins, tandis que je m’exerce à quelques autres activités et d’autres encore.
J’ai désormais le semblant de routine que je me souhaitais à mon départ de l’autre pays. Ah que la routine est bonne…