chez une amie d'amie, centre ville de Florianopolis, sept.09
Septembre, octobre, novembre…
Que le temps passe vite quand on travaille, on est concentré sur une chose, les autres choses doivent perdre de l’importance, on devient un spécialiste. Un spécialiste d’un petit détail de service que requiert la machine-société.
Tout le reste, pour lequel on serait un peu moins spécialiste, en devient secondaire et se retrouve plus ou moins condamné à rester embryonnaire.
Voilà quelques photos et commentaires que j’au pu arracher à trois mois de travail.
La Non-vie. Mini phénoménologie ingénue de la condition de travailleur.
Début septembre, après les trois premières semaines de cours, je redécouvrais ingénu stupéfait les conséquences de ma vie professionnelle. A mesure que la routine s’installait, tout devenait un peu moins drôle, d’ailleurs il y avait surtout comme un peu moins de tout, au profit d’une activité particulière qui prenait de l’importance au détriment des autres. Le moment du travail devient l’acteur principal de la comédie de la journée et par suite, de la vie. Les activités autres que celles du travail, (qui peuvent rarement durer plus d’une heure ou deux) deviennent des activités périphériques, annexes, des ébauches.
On se trouve donc comme simplifié : on ne fait plus que surtout cette chose, ou ces choses, en ces lieux, à ces heures-là avec ces personnes là, avec qui se produira l’échange verbal (par exemple).
Je dois interagir avec des personnes définies, en lieu et heure définis, suivant une régularité définie. Je loue ma personne réfléchie et sensible, je joue un certain jeu (et Je) à peu près comme il faut,(et si possible avec panache) de sorte à satisfaire l’attente de quelques êtres humains, qui me payent cette satisfaction (c'est-à-dire le sentiment de satisfaction) en une somme d’argent définie. Cette activité emploiera environ, avec les trajets, trois bon quarts de ma vie éveillée durant la semaine. J’ai de la chance, j’ai une ou deux matins ou après midis de libres.
C’est donc ça, la vie de travailleur. On est homogénéisé de fait, dans une série d’activités plus ou moins précises et répétitives, dans des cadres plus ou moins précis et répétitifs. Il faut que ces activités soient répétitives pour atteindre une certaine compétence dans un domaine précis, et relativement à ce qui est requis par le contexte. On n’a rien sans rien.
La vie est elle assez longue pour répéter répéter répéter ?
Sei là, comme on dit ici : je ne sais pas (littéralement : « je sais là-bas »).
Il est une partie du développement humain possible dans le multiple, l’hétérogénéité, le touche à tout, que la condition de spécialiste stérilise de fait.
D’autant qu’il est des états d’esprits qui demandent un certain temps de rêverie et d’oisiveté avant de naître, ce que ne permet pas la courte durée du ouikend.
Les temps sont durs pour les flâneurs –rêveurs.
La machine-société est en train de dévorer notre temps de vie disponible, la chose la plus précieuse. Il est temps de chercher les portes de sortie, il est temps de flâner.
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Déménagé le quinze août, au milieu de l’hiver, heureusement une journée de temps doux.
en déménageant...
Un petit carton symbolique transportant des choses essentielles du pays: haricots rouges, riz, cachasa (rhum), herbe à maté (consommé ici au sud)
dernier adieu à la chambre que je laisse
C'est reparti pour un tour: toutes mes affaires dans le char d'Edu, le troisième déménagement de l'année.
Finalement habiter seul, après des années de collocations de tous types. A la maison, les pensées restent désormais à l’intérieur de ma tête au lieu de sortir dans l’air (par l'intermédiaire de ma bouche).
J’habite dans une grande maison divisée en petits appartements, habitée surtout par des étudiants, aux pied du campus universitaire (très vaste, qui comprend toutes les facultés), ou plutôt c’est lui qui est à nos pieds, puisque notre colline le surplombe. La brusque hauteur de mon quartier ouvre une vue sur tout le campus et au-delà le quartier, la côte, la mer, et même au delà, les collines de l’île et du continent en face.
Devant l’entrée de la maison vue de la rue, au départ d’une promenade avec une amie
une rue à côté
J’aménageai donc sur un morro, c'est-à-dire une colline entourant une ville. Normalement au Brésil ce sont les zones des favelas, et la mienne en serait une mais « de luxe ». C'est-à-dire que c’est un lieu relativement sûr et pas extrêmement pauvre, mais qui possède de nombreuses caractéristiques culturelles de la favela : rues en pente, vendeurs de drogues omniprésents, petits bars avec ivrognes assidus, jeunes jouant (entre autres à la guerre de cerfs volants, où il s’agit, grâce à de la poudre de verre pilé collée au fil, de couper le fil des autres (cerfs volants à un fil)), bref, seulement des gens respectables et sympathiques. Chaque morro a son « propriétaire » (o dono). On apprend en octobre que notre dono a été liquidé, mais je n’ai plus rien su à propos du remplaçant. On ne s’occupe pas trop de ces affaires, on vit tranquillement là au milieu.
En effet ce quartier a une caractéristiques locales d’être un lieu à peu près sûr, une femme seule peut par exemple s’y promener à n’importe quelle heure (mais ceraines femmes ont peur d'y venir même de jour, par ignorance, juste parce que c'est une colline). On entend des pétards très forts impressionnants, mais pas de coups de feu. (il paraît que les pétards sont un langage pour annoncer, par exemple, un nouvel arrivage de drogue)
Il y a aussi une ambiance étonnamment rurale, alors qu’en bas de la rue il y a l’université, son trafic et une zone bien urbaine, en arrivant en haut de la rue on rencontre de larges zones vertes, de nombreux bananiers, des chants de coq et de dinde. Les quatre cent mètres de montée changent complètement la faune et la flore. Dans les arbres du petit jardin de la maison on peut même voir à l’occasion colibris, petits singes et gros lézards.
Et si l'on continue la montée après ma maison la colline continue, et en une demi heure on se retrouve en pleine campagne surplombante.
du sommet de la colline après une heure de rude montée
Je suis d’abord resté un mois et demi dans un deux pièces très humide au rez-de-chaussée fin août et début septembre, pendant un printemps très froid et pluvieux. Je découvris le voisinage immédiat dans un élan d’enthousiasme plus ou moins rapidement calmé, qui m’a amené à profiter de la solitude d’un appartement, chose merveilleuse. Ayant partagé de longues heures avec ma voisine du dessus, délicieuse personne mi réelle mi imaginée, j'eus ce malheur de la voir déménager pour une cité universitaire bien moins chère, puisque gratuite. J’ai heureusement consolé ce malheur en emménageant dans son appartement à peu près identique au mien mais un étage au dessus, c'est-à-dire le ciel au lieu de murs; en face de mes fenêtres.
je vois maintenant le ciel, un coin de colline à des kilomètres, ces encarts champêtres à l’orée des villes. Contre l’ombre, le froid et l’humide j’ai troqué la lumière-soleil, l’aéré, la chaleur.
quatrième déménagement de l'année, le déménagement le plus proche-rapide de ma vie, dans l'appartement au dessus.
vue en face-g.
Les voisins sont très amicaux mais aussi proches et présents, je dois négocier avec une certaine promiscuité qui est loin du bruit des vagues qui me berçaient le soir dans ma demeure précédente. Mais il est toujours surprenant de voir à quel point on peut s’adapter, pour peu que l’on soit vraiment de bonne foi dans une situation donnée.
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Un repas entre voisins
bienheureux voisinage
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sur notre terrasse
plant de mamão (papaye)(détail de la photo précédente-ce fruits sont au bout d'un tronc de trois mètres de haut environ)

depuis la terrasse (au cinquièéme étage de l'immeuble du milieu on voit la fenêtre de chez une amie)
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Un ami qui même triste est toujours hilare
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Un jour de forte pluie d'oktobre depuis notre porte d'entrée. Un niveau rare. Ce jour là j'ai enseigné les pieds mouillés.
L'année dernière, les pluies on créé des éboulements de terrains, causant de nombreuses victimes dans des favelas de l'Etat.
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élèves m'invitant
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Promenade dans un quartier voisin (7km) Costa da lagoa, la côte de la grande lagune.

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un soir ..
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Le ouikend du 16 octobre, j’ai honoré São Paulo de ma visite.
Depuis la chambre offerte par mon hôte.
A 800km, 11h de bus chaque trajet, un régal de temps « perdu » à «penser » : sentir-rêver-prévoir. penser est sentir: rêver c’est sentir dans depuis i’maginaire, prévoir c’est pressentir le futur.
Evidemment on s’attend à la ville-monstre, on n’est pas déçu. Je m’y sentais comme un poisson dedans. D’ailleurs il a bien plu, au début, comme si un nuage me suivait depuis Florianopolis où nous avons eu printemps très froid et pluvieux.
J'ai été merveilleusement reçu par une jeune femme d'origine japonaise du couchsurfing. C'est à la fois très drôle, rassurant et excitant d'arriver en un nouveau lieu directement chez quelqu'un qui vous attend comme un ami mais que vous ne connaissez pas, un ami qui va passer du virtuel au réel, pour offrir un service gratuit par principe, dans une relation cordiale (et en langue étrangère). Il s'agit là d'un nouveau type d'hospitalité, et d'un type de relation humaine inouïe. C'est rien moins qu'une nouvelle manière de choisir et rencontrer des personnes, aux modalités infinies.
En l'occurence bien plus qu'un hébergement, sortir avec ses amis, etc. Quel cadeau pour un explorateur de vies.
J'étais logé dans le centre sur la célèbre avenida paulista

Le grand parc de SãoPaulo: Ibirapuera
l'anonyme du pont du parc. Qui est elle? d'où est-elle? que fait-elle en ce moment?
Dans le parc il y a des brumisateurs d'eau gratuits
Dans le parc public, le MAM, musée d'art moderne. Je découvre cette oeuvre d'un artiste argentin Adrian Villar Rojas, qui consiste à intervenir sur les premières pages de livres. Une révélation me saisit, je décide de faire des études de beaux arts
Un soir, diner avec cinq femmes du couchsurfing dans une pizzeria typiquement italienne, on s'y serait cru. Les pizzerias sont une spécialité de São Paulo, où chaque jour sont produites 1million de pizzas !
Dans le métro de São Paulo: distributeur automatique de livres
avenida paulista
un parc sur l'avenida paulista
La manière dont le portugais du Brésil incorpore graphiquement l'anglais me ravit: après le lanche (pour lunch), le sinuca (pour snooker), je découvre le blacaute (pour blackout).
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retour à Florianopolis. fin octobre, novembre, quelques randonnées. celle ci-bas sur le continent, qui permettait de contempler l'île en entier (la bande de terre au fond, vers la droite, les centre villes du continent et de l'île, à gauche, le bout nord de l'île)
Ranonnée au sud de l'île à Lagoinha do leste
on ne peut accéder à cette plage (et sa petite lagune derrière) que par la randonnée
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soutenant la production d'un bananier du jardin que les locataires se sont partagé. On ne laisse jamais mûrir les bananes sur leur plant, elles seraient dévorées par les insectes, on coupe le régime vert et on le garde à l'ombre.
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retour du haut de ma colline le soir: vue sur les deux ponts qui joignent l'île au continent, les tunnels qui mènent au centre ville
détail des ponts (celui de droite est inutilisé, en travaux)









1 comentario:
Tu y arriveras cher Jean Mich car tu comptes sur toi.
Je t'embrasse
J.
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