Ce n'était pas très difficile en réalité de contempler le présent cette fois-là, puisqu'une bonne nouvelle m'attendait le jour meme. J'allais retrouver l'un de mes rares plus chers amis de Rio (Mon seul ami local carioque de souche, maintenant que j'y pense) ainsi que des futurs nouveaux amis dans un lieu magnifique à Lumiar, pour pour 2 - 3 semaines, avec des personnages d'une nouvelle page..
Le présent, c'était aussi un trajet hautement bucolique qui avait de quoi divertir. Les fruits, les oiseaux colorés, les plantes bizarres sont partout, (je reconnais la plante de l'igname que Carlos m'a enseigné à reconnaitre) les petites maisons mignonnes. Les paysages se dessinent en avançant.
On m'avait annoncé 15km, en réalité 25. Je m'attendais à beaucoup de montées, je trouve à la fin une descente de 15km. Respectant le conseil de Carlos de ne pas aller trop vite, je ne dépasse pas les 60km/h, testant tout de meme mon dragon à haute vitesse. Avec le poids, ça descend plus vite ! un peu des sensations de moto et le froid soudain, je me couvre. Je suis à 800 m. d'altitude environ.
Parti à 16h au lieu des 13 prévues, j'arrive à Lumiar à la tombée de la nuit. A ma surprise en arrivant, je reconnais le chemin de terre de 2km et demi qui mène au quartier "bem fica" (littéralement "on y reste bien" ou "on y est bien"-ce "quartier" est lui-meme composé de plusieurs mini-vallées))puis à la maison de mon ami Filippi, où je suis venu une fois il y a plus d'un an déjà.
Filippi est au ciné-club du village qu'il anime. Fatigué, je décide d'aller d'abord à la maison déposer mes affaires. Montée sur une piste très rude en poussant le dragon épuisé à bout de bras.
J'arrive et reconnais la modeste maison de bois. Elle est ouverte ! il n'y a personne. Je me souviens qu'ici on ne ferme pas à clef. Deux chambres de deux lits et la cuisine-salle. La vie est manifestement très modeste, voire spartiate. Pas de frigo, trois assiettes. Epuisé, je prends une douche et attends mon ami. Il tarde. Je m'assoupis dans un lit. Mes hôtes inconnus, les collocataires de Filippi, me réveillent dans la soirée chez eux en arrivant. Sans le savoir j'avais pris l'un de leur lits...
Ils vivent à 5 (dont le couple dans une tente devant) dans cette vieille petite maison en bois toute termitée (une pluie de chiures de termites constante venant du plafond) (Loyer total de la maison 60eur/mois).
Dans le jardin (comme dans la majorité des jardins ici) voilà les plantes comestibles que j'ai identifié: il y a des plants de : bananes, oranges, citrons, papaye:
et goyave, café:
aloé vera, ananas. Des plantes qui ont poussé toutes seules: tomates, chouchou, igname et manioc, et les plantes aromatiques. Tout cela pousse sans qu'on en prenne soin, il n'y à qu'a cueillir.
Y vit une famille coposée par le père, le fils, sa copine et un ami. Tous travaillent au nouveau resto familial ouvert il y a trois mois au Village. Ils n'ont presque rien mais partagent tout, et leur resto est très beau.
Mon cher ami Filippi rencontré il y a quelques 2 - 3 ans habite là depuis plus de deux ans, mais retourne à Rio toutes les semaines pour ses études. Vu de dehors il ressemble beaucoup à Woody Allen, cultivé pointu génial. Mais aussi semi-autiste pour les choses matérielles, avec lesquelles il est cependant décidé de bonne volonté à améliorer sa relation. Intéressé de Cinéma, réalisant des recherches libres en musique contemporaine, spécialisé en Barthes écrivant actuellement une dissertation sur Mario Peixoto pour une maitrise en sciences politiques. Ensemble on refait le monde sans fin.
Le père, Gianpaolo, 51ans, toscan qui vit depuis 20 ans au brésil vient d'ouvrir ce restaurant italien pour ses quatre enfants. Il a été chanteur, acteur, il pratique aussi le massage ayurvédique, le reiki, le tarot divinatoire, mais surtout (pour moi) les thérapies chamaniques. Adepte des pratiques tribales, baptisé chez les indios, habilité à utiliser leur rites (et l'ayahuaska thérapeutiquement). Très imprégné de spiritualité animiste indigène mais sans superstition, sans gnagnagna spiritualiste. Blagueur rigolard et humble, il synthétise avec naturel et meme grace les cultures occidentale et indigène. Il a cependant aussi souvent comme une mine sombre et sérieuse, presque sévère. Il m'enseigne beaucoup de choses, ce qu'il dit me semble très pertinent.
La première semaine il réalise un feitio de rapé, la préparation du rapé à la maison, suivant recette procédure et rite indigène.
le rapé est une poudre qui se projette contre les muqueuses du nez à l'aide d'une pipette en bambou coudée. Elle se compose d'un mélange de deux tabacs, de miel, (le tout séché au four) de la cendre d'un bois spécial d'amazonie, le cumaru, ainsi que de sauge divinorium, le tout pilé et tamisé.
feitio de rapé
Sa prise a un effet thérapeutique équilibrant et apaisant, la cure dépend de l'intention que l'on y met. L'effet physique à la projection (il ne faut pas aspirer!) est variable. Je ressens d'abord une énorme brulure au nez type raifort X 100, l'impression que cette brulure atteint ensuite le centre du cerveau et accomplit comme un embrasement puis un redémarrage des perceptions. Une minute et demi après la prise l'effet disparait et je ressens un apaisement très léger et agréable, légèrement vaporeux, un bien etre général et une lucidité sereine. Effet vaso-dilatateur, on respire bien et peut se moucher et évacuer ce qui est resté dans le nez. Filippi lui vomit longuement après chaque prise. C'est le "nettoyage". GianPaolo lui est un usager très fréquent et cela a pratiquement remplacé la cigarette qu'il a arreté grace à ça me dit-il. On peut se l'auto-projeter en utilisant une mini-pipette.+++++++++++++++++++++++++
J'ai l'impression de vivre en pratique le plongeon dans l'improvisation que j'avais imaginé (lien post 1) par exemple avec Filippi à la maison on passe du temps ensemble et tout est possible, on improvise une promenade, un repas, une iniciation amateuriale au thai-chi à partir d'un livre trouvé dans la maison, on s'occupe du jardin, on prend le temps d'observer les insectes. C'est comme un retour à un état naturel d'amateurisme. C'est la société qui nous oblige à etre des professionnels, me dis-je.
promenade avec Filippi
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Promenades - Paysages
entre les cannes à sucre la majeure vallée de Bemfica
Je roule alors tout doucement, sans bruit, je regarde, et je reve. Je reve qu'un jour j'habiterai là, dans l'une de ces maisons au milieu de la nature.
Parfois je me dis que je suis seul sur un vélo parce que je n'ai pas su réaliser ce reve, m'installer dans un beau lieu. Faire come ce français que j'ai connu ici, qui s'est installé avec sa femme et son fils, dans la nature avec quelques animaux et travaille en intéraction avec cette nature si prolifique. J'ai parlé à sa femme. Elle m'a dit que son vieux rève était de partir en voyage à vélo.

1 comentario:
Toi sur le lit des autres dans une maison sans personne, t es comme blanche neige, version macho.
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