martes, 24 de mayo de 2016

Travail d'Umbandaime


C'était dimanche. Je n'avais jamais vu de rituel, de fete, de réunion entre humains si beau, intrigant et significatif.
Le principe de l'Umbandaime est l'appel d'entités archétypiques, et leur incorporation par les médiums, "facilitée" (d'après ce que je comprends) par l'usage de l'ayahuasca.
Le rite a duré pratiquement dix heures. Il a commencé à 11h du matin et s'est terminé un peu avant 21h. Environ 200 personnes étaient présentes dans l'église octogonale. C'était simplement magnifique.
En entrant la beauté m'a profondément ému: tout le monde habillé de blanc chantant ces hymnes. (malheureusement contrairement au Daime, on n'a pas les paroles et vu que je les connaissais pas je n'ai pas pu chanter et je ne comprenais pas toujours.)
Ce spectacle en soi était ensorcelant. J'attendais l'effet de l'ayahuasca en essayant de ne pas penser. Comme dans la méditation, la consigne est d'interrompre son mental, et comme dans la méditation, c'est la chose la plus difficile. Surtout pour nous européens qui sommes formatés de rationalité et d'athéisme. Le thé aide. J'ai compris pourquoi les sexes sont séparés, peut etre pour que le désir n'entrave pas la concentration.
Quelques dizaines de médiums se sont mis à incorporer, chacun leur entité, circulant au milieu de la pièce. Il prennent la posture de leur entité, certains éclatent de rire, d'autres frappent le sol de leur canne
d'autres soufflent, sifflent, font des grimaces étonnantes, certains portent des éléments de costumes de leur entité. Les gens qui n'incorporent pas sont sur les bords, regardent en chantant et battant des mains pour accompagner le rythme des tam-tams. Presque tout le monde a des pouvoirs médiumniques et peut incorporer. Il y a ceux qui incorporent complètement, d'autres seulement un peu...
Il y a des moments spécifiques pour l'incorporation de certaines entités qui sont appelées successivement, mais toutes peuvent intervenir à tout instant.
Puis j'ai commencé à pleurer: c'était ma tristesse de la solitude qui ressortait. Un médium au moment m'a appelé, c'était caboclo, l'homme de la foret.
lui: si tu es avec Dieu tu n'es pas seul, il m'a dit que lui meme vivait seul et heureux avec ça. Ma tristesse est un manque de reconnaissance, une forme d'ingratitude. Il faut faire un pas vers Dieu, cela signifie pratiquer. Chaque matin en me levant regarder le ciel et remercier Dieu d'exister. Il m'a manipulé, a dit que j'étais en bonne santé. Il souriait, riait en me parlant et me regardant fixement. Je n'arrivais pas à m'arreter de pleurer. J'ai demandé si je devais sortir pour ne pas déranger les autres, il a éclaté de rire. Il m'a dit d'observer ce qui se passait en moi durant la séance et d'aller lui parler à la fin.
Durant un chant j'ai réussi à me laisser aller, à ne pas penser. Je crois que j'ai commencé à incorporer quelque chose. Le mouvement était léger, comme si une danse s'emparait de mon corps qui gagnait une forme d'autonomie. il était très agréable de me laisser aller à ces mouvements et donnait un plaisir physique, une torpeur comme le plaisir de l'amour physique. Je pouvais arreter à tout instant en reprenant le controle par mon mental. Mais il était si bon de se laisser aller, finalement je réussissais. J'ai comme bien senti la différence entre le mental et le spirituel.
Il y a eu une pause, on va alors manger à la cantine. Je rencontre une française, institutrice de Montpellier à la retraite en vacances dans une communauté isolée.
Les phases du rite se succédaient, je ne comprenais rien. Beaucoup de choses se passaient. par moments une bonne soixantaine de personnes incorporaient en meme temps. c'était impressionnant, cela aurait pu etre effrayant.
Le rite du jour était dédié au "preto velho", le vieux noir (en comémoration de l'aniversaire de l'abolition de l'esclavage, une semaine avant). C'est le vieux noir esclave qui a souffert toute sa vie mais est serein, c'est la figure de la sagesse acquise par la souffrance. Ceux qui l'incorporent marchent courbés comme des vieux et utilisent parfois une canne. Différents médiums qui l'incorporent sont assis au centre, fumant la pipe, crachant. On demande à qui s'occupe d'eux de les consulter, on est mis sur une file d'attente et on va leur parler. On peut alors demander conseil à l'esprit, l'entité. Une anglaise m'avait recommandé une médium en particulier qui parait-il est très puissante. J'ai parlé des voix que j'avais entendu en moi, j'ai parlé de ma tristesse et de ma solitude, de mes doutes sur Dieu. J'ai entendu les paroles les plus sages de ma vie. Je savais tout ce qu'elle a dit, mais l'ensemble faisait sens, et surtout je le sentais. J'ai senti la cure. L'entité me regardait fixement, serrait ma main, appuyait parfois sur mon coeur. Il m'a donné le soin : quelques mots que je dois répéter chaque jour en me réveillant. J'ai senti la force, un amour incroyable.
J'étais en pleine force du thé, que l'on appelle Daime, qui me provoquait des baillements étranges.
Ensuite je mourrais de froid. Je suis allé au vestiaire mettre un pantalon sous le pantalon blanc que Manu, mon nouvel ami français m'a preté.
quand je suis revenu il y avait une session de capoeira. Moi qui n'amait pas la capoeira avant... voir des danseurs sous ayahuasca incorporés et dansant, avec des gestes mystérieux, c'était subjugant. j'étais obligé de danser aussi, discrètement en les regardant, pour ne pas mourir de froid. Je ne sais pas pourquoi j'avais si froid. Tout le monde était en meme temps en harmonie et synergie dans la force du Daime, dans une joie inouïe.
Vers la fin ils ont invoqué l'entité des enfants. Des dizaines se sont mis à incorporer des enfants et à se comporter comme eux, faisant des gestes, des plaisanteries, des grimaces, prenant des sucettes, se dérobant des pots de miel. laissant sortir l'enfant en eux, invitant l'enfant dormant en chacun de nous. J'ai vu de vrais enfants ahuris de voir des adultes, voire leur propre parent, se comporter comme eux de forme caricaturale. Ils invitaient les autres à sauter et danser, des rondes se formaient, presque tout le monde dansait. Les paroles des chansons sont si pertinentes. à la fin quelques messages sont donnés, une ode à la liberté est lue. Je larmoie d'émotion, je n'en crois pas mes yeux de tout cela.
On se salue en se prenant dans les bras, j'embrasse le plus de gens possible.
Je n'ai pas envie de partir de l'église. Je demande à aider. Je vais nettoyer les toilettes des femmes. A la fin il reste un homme d'une cinquantaine d'annés qui en parait 10 de moins. Je l'avais remarqué au feitio pour sa beauté et la puissance rayonnante de son corps. Il me parle de l'église, de ses 30 ans de Daime, de son enfance comme orphelin et enfant des rues de Rio de 9 à 16 ans. Maintenant il est riche d'amour, de Dieu. Il passe la moitié de son année aux états unis. Je rentre à vélo vers minuit je fais les quelques kilomètres de route en descente. Pas la peine de phare, c'est la pleine lune. Je roule trop vite, je me fais peur. Je me rends compte que j'ai laissé passer l'entrée du chemin de terre que je dois prendre. A l'endroit exact où je fais demi-tour,au bord de la route, il y a un clochard qui dort. Je demande tout doucement s'il a besoin de quelque chose. Il se réveille et me répond "évidemment, je n'ai rien!". Je lui donne la moitié de ma nourriture et 10 reais. Il me dit: "que Dieu te bénisse".

2 comentarios:

patrick por via gmail34 dijo...

et voila, dans ton post anterieur on te suggere les gestes doux, et dans se post-ci, tu demandes tout doucement au clochard s il lui faut qq chose. C est beau ça, non?

Jean-Michel dijo...

Difficile de concilier douceur et la brute qui bouillonne en moi.