Résumé: Je commente quelques caractéristiques de mon voyage ce qui m'amène à une réflexion sur le sens de nos vies et la manière dont la société les détermine. Je conclus sur une anecdote survenue au cours d'un retour en un arrière geographique inattendu que je fais.
Mon premier demi-millier de kilomètre se complète pile en arrivant chez le nouvel ami franco-italien qui m'héberge. Plus de la moitié de ces cinq cents kilomètres pour mes déplacements locaux. Cinq cents kilomètres en un mois et demi.
Cinq cent kilomètres, c'est la distance qu'un voyageur à vélo fait normalement en une semaine. J'étais parti pour faire de la route, mais je suis resté un mois et demi pratiquement au même endroit. Je dois me rendre à l'évidence: je ne fais pas exactement un voyage à vélo.
Cependant le vélo n'est pas une excuse, il est mon centre, ma femme (en portugais du brésil le surnom du vélo est "la maigrichonne"), ma maison, mon pays. Quand je monte sur mon vélo je me sens toujours bien, là où je devrais être, et toujours moi-même. Le vélo me nettoie et m'équilibre, il me recentre.
Le vélo est mon laboratoire, mon centre de recherches. J'ai décidé de partir à la recherche du présent, et de tenter de me mettre à disposition du destin pur, dépouillé des déterminations sociales, des devoirs, des schémas.
Pas de plan, pas de projet défini, chose très difficile. Avoir un objectif semble être un impératif catégorique absolu inévitable. Quelle chose intrigante. Comme si du moment que l'on est un être humain digne de ce nom, il fallait toujours absolument avoir un objectif, sans quoi on risquerait... une espèce de destructuration qui effraye tout le monde...
Nous sommes guidés par la peur. La société nous programme pour planifier, fixer des objectifs à atteindre, pour vouloir des choses particulières qu'elle nous offre par ailleurs. Se préoccuper du passé, se préoccuper du futur... "savoir" où l'on "va". Comme si l'on savait quoi que ce soit, comme si l'on allait quelque part. La société nous donne des plans de vie que nous devons choisir. Telle carrière, tel plan familial, tel loisir qui va nous occuper.
Parent, compagnon, employé, libéral, membre, abonné, fonctionnaire: il faut avoir sa fonction. Il faut choisir sa case. En réalité mon destin s'est fait par défaut, je n'ai pas réussi à choisir, aucune option ne m'a convaincue. Qu'il est difficile de sortir de tout cela. "Mais que va-t-on penser de toi ?" me rappelle-t-on gentiement à l'ordre. La société fait pression, elle nous distille ses peurs, (du futur, du présent, des autres) des angoisses, pour nous vendre leur remède; et comme par hasard, il faut donner son temps de vie disponible en échange.
(Hypothèse : On nous fait peur pour nous désunir, nous sommes toujours sur la défensive, alors qu'il serait si simple et naturel de s'aimer.)
On nous offre l'occupation qui va nous rendre malade, on nous offre la maladie et les remèdes. Travaille ici ! Repose toi là ! Fais toute la vie la même chose ! paufine ta carrière ! Fatigue-toi avec ceci ! distraie-toi avec cela. Mais les remèdes fonctionnent mal, alors il faut toujours en acheter de nouveaux. Et pour les acheter, il faut travailler. On nous vole notre temps, pour nous éloigner de Dieu, c'est à dire de nous mêmes.
Dans cette mise à disposition que je me suis proposé, c'est Dieu qui est venu à ma rencontre. Il était déjà avec moi, sans que je le sache, j'y étais déjà arrivé par l'humanisme.
Important : Qui veut faire le bien et tente de le faire sincèrement et sans violence est déjà avec Dieu. Le reste importe peu.
Je ne suis pas contre le travail. Je n'ai jamais autant travaillé depuis que j'ai arrêté de travailler. Les retraités le savent.
Je ne suis pas contre la société et je veux rester avec mes frères et soeurs. Je raconte simplement mon voyage à l'extérieur d'une certaine société. Tout cela est ma propre expérience qui correspond à mon propre destin. C'est mon chemin.
Ceci dit quelque chose attire mon attention, c'est le nombre de gens qui m'envient et qui ont la sincérité de me le dire. Cela m'amène à penser qu'il serait bon pour chacun (celui qui le souhaite) de sortir au moins une fois dans sa vie des structures de fonction de sa propre vie, type pèlerinage à St Jacques de Compostelle. Mais ce dernier est devenu lui-meme une terrain battu où l'on reste en sécurité. Il faudrait quelque chose qui fasse vraiment sortir chacun de sa zone de confort. Il n'est pas nécessaire d'aller loin, voyager c'est simplement sortir de sa maison, sortir de ses habitudes au moins une fois, chercher qui l'on est à l'extérieur de toutes ces habitudes et structures qui nous disent qui l'on est.
C'est plus facile qu'on ne le pense.
Je me demande ce que signifie cette envie des gens à l'égard de mon voyage libre. Peut être que nos vies modernes sont trop engagées, formatées, compromises, complexes. Elles ferment beaucoup de possibilités de nouveauté, de surprise, de magie.
En ce sens, mon voyage n'est que partiel, car je suis encore encombré d'un tas d'habitudes. Me dépouiller de toutes les déterminations, me purifier sera la longue démarche.
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Le plan matériel.
Comme on le rappelle à l'église, il ne faut pas oublier le plan matériel.
Il m'a rappelé pour un travail, rémunéré celui-ci, à Rio.
Je dis un adieu temporaire à l'église chérie qui a vu ma conversion, et dans les vestiaires de laquelle j'avais déposé mes affaires pour un trajet de retour
Voici mon église chérie au moment de mon départ de cette sainte montagne...
J'y cours avec joie, je descends la magnifique montagne par l'autre côté.
pause déjeuner-pic-nic:
En descendant la montagne je vois ça:
Ensuite je prends le bus en bas de la montagne pour aller à Rio et je vois ça.
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aventure de bus.
sur le trajet un incroyable cauchemar se produit. Pendant que je vais acheter de l'eau et des cochonneries à manger, le bus est parti sans m'attendre. Il n'est plus là, sa place est vide. Expérience d'incroyable, sentiment d'irréel. Je demande à des gens: "mais le bus qui était là... il est parti ? dans quelle direction ?" Dans le bus il y a mon vélo, mes documents, mon téléphone, toutes mes affaires. J'ai dans la main ma carte de crédit, mon porte monnaie, et des biscuits ridicules.
Je décide de courir de toutes mes forces dans sa direction. Sans avoir de solution définie, je me dis qu'il faut y croire et je tente de ne pas me décourager tout en pensant à mes affaires. Combattant la panique par ma nouvelle confiance en le destin, je trouve la situation amusante. Je me donne entièrement dans la force de la course. Je devine mon bus à quelques centaines de mètres. il s'arrète à un feu rouge, j'espère l'atteindre mais il repart. Je pense sauter dans un taxi pour le rejoindre mais il n'y en a pas. Je traverse des voies rapides en ménageant rapidité et sécurité. Je trouve mon corps svelte et puissant, disponible. Je trouve cette course belle, cinématographique, je m'amuse. après 500mètres environ vois le bus faire demi-tour. je continue à y croire. Je cours en retour vers la gare routière, toujours aussi vite que je peux. C'est vrai, il est revenu me chercher. C'est une vieille qui a signalé mon absence au chauffeur. J'avais échangé quelques mots avec cette vieille femme et avais comme remarqué quelque chose de spécial en elle, je l'avais trouvée comme très belle, d'un rayonnement particulier. je ne sais en dire plus. Un soulagement savoureux, mes biscuits sont délicieux.
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ensuite le fameux pont qui traverse la baie de Rio pour un retour inattendu vers cette ville magnifique et horrible. Son approche m'émeut toujours. Je vois ça
(vidéo)
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et voilà le plan matériel.



